Chaque jour qui passe apporte son lot d’attentats en Irak. C’est si vrai, si banal, si atrocement répétitif qu’on n’en parle plus ou de moins en moins et, dans ce climat de violences déchaînées, la prestation de serment d’un gouvernement, hier, plus de trois mois après les élections, est évidemment une bonne nouvelle. Peut-être cela pourra-t-il contribuer à l’amorce d’un début de stabilisation. Sans doute cela prouve-t-il qu’il y a une volonté non seulement des trois principales composantes de l’Irak mais aussi des courants qui les divisent d’au moins rechercher les voies d’un compromis national. Il faut en tout cas l’espérer mais le pas qui vient d’être franchi là ne saurait malheureusement pas faire oublier tous ceux qui restent à faire. S’il a fallu tant de temps et tant de pressions américaines pour composer ce gouvernement dont les postes clés de la Défense et du pétrole demeurent à pourvoir, c’est en effet qu’il existe une colossale méfiance entre chiites, Kurdes et sunnites. Majoritaires dans le pays mais marginalisés et persécutés sous Saddam Hussein, les chiites craignent par-dessus tout un éclatement de l’Irak qui les priverait à la fois d’un pouvoir dont ils ont été si longtemps écartés et d’un Etat qu’ils considèrent comme leur. Minoritaires mais aux commandes jusqu’à l’intervention américaine, les sunnites se refusent, eux, à devenir des citoyens de seconde zone, ne voient pas comment ils pourraient échapper à ce sort et c’est la raison pour laquelle tant d’entre eux ont basculé dans les réseaux terroristes dont ils fournissent, aux côtés des islamistes étrangers, des brigades internationales du djihad, le gros des cadres, l’essentiel des militants et, surtout, des soutiens politiques et militaires. Quant aux Kurdes, ils ne veulent à aucun prix perdre ou seulement voire réduire l’autonomie de fait dont leurs régions bénéficient depuis que les aviations américaine et britannique les avaient mises hors de portée, dès la fin de la première guerre du Golfe, des troupes de l’ancien régime. Chiites, sunnites et Kurdes, tous ont des intérêts vitaux et contradictoires et, en admettant que ce gouvernement se mette réellement en place, tous vont maintenant devoir s’atteler à la rédaction d’une Constitution dont chaque point ou presque les opposera d’autant plus que chaque communauté est divisée entre laïcs et religieux. Le principe fédéral est acquis – que faire d’autre ? – mais quel degré de fédéralisme introduire dans le Loi fondamentale, assez élevé pour satisfaire les Kurdes, suffisamment faible pour rassurer les chiites et comment assurer une autonomie aux sunnites qui n’ont pas vraiment de régions propres et vivent loin, qui plus est, des puits de pétrole ? L’idée d’un partage des revenus pétroliers est dans l’air mais sur quelles bases alors que les puits sont situés dans les régions kurdes et chiites ? Rien n’est simple et le plus probable est, dans ces conditions, que les Irakiens ne parviennent pas à se mettre d’accord sans de solides garanties internationales, données à la fois par les grandes puissances et les pays voisins. On en est loin.

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