L’Union européenne a suspendu, hier, ses négociations avec la Serbie sur la conclusion d’un accord d’association. Cette décision était attendue car Belgrade n’a toujours pas remis le général Mladic au Tribunal pénal international. L’Union européenne a des règles de droit. Seuls peuvent y adhérer des pays démocratiques, où les forces de l’ordre sont soumises au pouvoir politique et dans lesquels un criminel de guerre ne peut en conséquence pas se soustraire à une arrestation parce que le gouvernement n’est pas assez fort pour y faire procéder. C’est en vertu de ces principes que la Commission européenne a donc suspendu hier ses négociations avec Belgrade en vue de la conclusion d’un accord de stabilisation et d’association, première étape vers une éventuelle entrée de la Serbie dans l’Union. L’Europe ne pouvait pas poursuivre ces pourparlers alors que le général Mladic, organisateur du massacre de plus de sept mille hommes et adolescents à Srebrenica, en 1995, durant les guerres de Yougoslavie, est toujours en fuite, caché quelque part en Serbie. Rien à redire, alors, à cette décision ? Non, rien, sauf que si fondée qu’elle soit, elle fait bon marché de l’histoire et de l’état d’un pays auquel on demande d’expier seul le drame yougoslave dont il n’est pourtant pas le seul coupable. Peu ou prou ces nouvelles guerre balkaniques des années 90 ont été vues, en Europe et dans le monde, comme le simple fruit du refus d’un Etat communiste, la Serbie, d’accepter la fin d’une domination de type colonial sur ses voisins les plus proches, croate et bosniaque au premier chef. A une époque où le communisme et le dernier des empires venaient de sombrer ensemble, tout induisait cette lecture mais c’était oublier à la fois que la Yougoslavie, pays non-aligné, bénéficiait de libertés, très relatives mais inconnues dans tout le reste du monde communiste, et qu’elle constituait un ensemble formé par l’usure et la fin des empires ottoman et austro-hongrois. Loin d’être impériale, ou coloniale, la Yougoslavie était une fédération dans laquelle la Serbie, son épine dorsale, respectait les identités des autres Etats et où les populations étaient étroitement mêlées, bien au-delà des frontières internes. Quant l’effondrement soviétique a rendu l’éclatement yougoslave inéluctable, les Serbes voulurent donc se regrouper dans un Etat qui aurait inclus les régions serbes des autres républiques mais les grandes puissances, soucieuses de ne pas mettre le doigt dans d’interminables négociations et contestations, décidèrent de faire des frontières internes de la fédération des frontières internationales. Il s’en est suivi les guerres et les massacres que l’on sait. Les crimes serbes furent particulièrement nombreux mais, outre que les autres peuples yougoslaves en commirent de non moins atroces, la Serbie doit maintenant accepter, au Kosovo, que ce principe des frontières internes soit abandonné à son détriment. Coupable mais pas seul coupable, désormais à genoux, ce pays doit boire le calice jusqu’à la lie et c’est à lui qu’on demande, dans sa ruine et son désarroi, d’être assez fort et respectueux du droit pour livrer Mladic qui dispose encore de fortes protections dans l’armée. C’est moralement et juridiquement justifié mais beaucoup demander.

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