Gleb Pavlovski est l’un des hommes les plus influents du Kremlin. Organisateur de la réélection de Boris Eltsine puis de l’élection et de la réélection de Vladimir Poutine, cet ancien dissident au mystérieux parcours a toujours su de quel côté le vent tournait et, à l’entendre, il serait tout à fait possible que le président russe, Dmitri Medvedev, élu il y aura un an, jeudi, se représente en 2012. La question est absolument ouverte, vient-il de déclarer au Financial Times. Tout dépendra de savoir, explique-t-il, qui se sera le mieux sorti de Vladimir Poutine ou de lui, de la crise économique mondiale mais la décision, ajoute-t-il, devrait être prise avant l’automne 2010 afin de ne pas laisser des clans se former et la division s’installer au sommet de l’Etat. Ces propos susciteront beaucoup de scepticisme. Tous ceux qui ont toujours considéré que Dmitri Medvedev n’était là que pour tenir la place au chaud à Vladimir Poutine auquel la Constitution avait interdit de briguer un troisième mandat consécutif, ne verront là que manœuvre. A créer un faux suspens, diront-ils, le Kremlin ne fait que mieux préparer le retour de l’ancien président devenu Premier ministre, que parer sa future candidature des atours d’un illusoire débat qui ne cacherait pas la réalité d’une absolue continuité du pouvoir. Peut-être ont-ils raison. La thèse qui ne fait de l’actuel président que la marionnette de son prédécesseur se défend puisque Dmitri Medvedev, c’est vrai, avait été choisi par Vladimir Poutine et élu, sans vrai concurrent, grâce aux soutiens de télévisions aux ordres du Kremlin, mais le fait est, aussi, que le filleul ne ressemble en rien à son parrain dont il n’a pas de cesse de se distancer. Durant sa campagne, Dmitri Medvedev avait affirmé un attachement à l’état de droit que son prédécesseur n’avait jamais ni vanté ni défendu. « La liberté vaut mieux que l’absence de liberté », s’était-il risqué à dire et sitôt élu, dans l’un de ses tout premiers discours de président, il avait présenté la Russie comme « l’une des trois branches de la civilisation occidentale », avec l’Europe et les Etats-Unis. Juriste de formation, arrivé à l’âge d’homme après l’écroulement soviétique alors que Vladimir Poutine avait, lui, grandi aux temps de l’URSS et fait sa carrière au KGB, ce jeune quadragénaire appartient à la première génération post-communiste des élites dirigeantes russes, celle qui se sent appartenir à l’Occident et aspire à ses valeurs. Il n’a pas le pouvoir. Il le partage avec les héritiers des temps soviétiques mais, précisément, il y a partage et il est frappant que Vladimir Poutine, non seulement n’ait pas pu faire modifier la Constitution pour se représenter une troisième fois de suite, mais ait du choisir un tel homme pour lui succéder et non pas un autre agent du KGB. Mois après mois, Dmitri Medvedev affirme sa différence, plaidant pour la décentralisation et le pluralisme, donnant une interview au seul quotidien d’opposition et utilisant ses prérogatives constitutionnelles pour afficher une modération nouvelle sur le terrain diplomatique. Cet homme se cherche une base et à voir les déclarations de Gleb Pavlovski, il commence à la trouver.

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