Le Qatar aujourd’hui, l’Arabie saoudite demain. Au Qatar, François Hollande assistera à la signature d’un contrat de vente de 24 Rafale pour une somme de plus de 6 milliards d’euros. En Arabie saoudite, il sera l’invité d’honneur, un honneur exceptionnel, d’un sommet du Conseil de coopération du Golfe, l’organisation économique et militaire réunissant les monarchies pétrolières de la péninsule arabique.

Si l’on ajoute à cela que le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, était hier aux Emirats arabes unis pour y parler de coopération stratégique et de l’éventualité d’une autre vente de Rafale, un constat s’impose. Jamais les relations entre la France et les pays sunnites du Proche-Orient n’auront été aussi étroites et privilégiées. C’est vrai du Golfe mais aussi de l’Egypte à laquelle la France a également vendu 24 Rafale en février dernier. C’est vrai de l’ensemble des pays sunnites qui ont tous choisi, dans un mouvement coordonné, de se rapprocher de la France car leur confiance dans les Etats-Unis est considérablement ébranlée.

Tous considèrent en effet que les Américains sont en train d’opérer un retournement d’alliance en faveur de l’Iran, la grande puissance chiite de la région et leur ennemi commun. Ils en veulent pour preuve la détermination que Barack Obama et son secrétaire d’Etat, John Kerry, ont mise à sceller un compromis avec Téhéran sur la question nucléaire et le refus des Etats-Unis de sanctionner militairement l’emploi massif d’armes chimiques, en 2013, par le régime syrien, le plus proche allié régional de l’Iran. Comme Israël, les pays sunnites auraient souhaité que le compromis nucléaire - qui reste, d’ailleurs, à finaliser - ait été beaucoup plus contraignant pour Téhéran. Ils ont aussi déploré que les Etats-Unis aient finalement refusé, à la dernière seconde, d’aller bombarder les installations militaires du régime syrien et de l’obliger ainsi à négocier une transition politique avec l’opposition, essentiellement sunnite comme l’est l’écrasante majorité de la population syrienne.

Aux yeux des régimes sunnites, il y a là une double preuve que les Etats-Unis voudraient maintenant jouer la carte iranienne au Proche-Orient en s’appuyant sur un pays qui avait été leur allié du temps du Chah avant de devenir l’un de leurs plus grands adversaires depuis 35 ans. Les monarchies pétrolières et l’Egypte voient déjà la probable levée des sanctions économiques frappant l’Iran remplir ses caisses aujourd’hui vides, lui permettre de consolider ses alliances irakienne, syrienne et libanaise et de s’imposer bientôt comme la plus forte des puissances du Proche-Orient. C’est le cauchemar des pays sunnites et c’est ainsi qu’ils se sont tournés vers la France dont ils ont apprécié la fermeté vis-à-vis des régimes syrien et iranien, qui peut les armer, qui le fait et dispose d’un poids diplomatique certain au sein de l’Union européenne.

Barack Obama recevra la semaine prochaine les dirigeants du Golfe à la Maison-Blanche. Il entend bien les rassurer mais c’est avec la carte française dans leur manche que les sunnites aborderont ces discussions dont, pour l'heure, ils n’attendent en fait pas grand-chose.

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