C'est pour promouvoir, face à la Chine, un axe Paris-New Delhi-Canberra qu'Emmanuel Macron se trouvait cette semaine si loin de Paris

On en a surtout retenu une polémique. Parce qu’il y a eu de spectaculaires saccages en marge de la manifestation syndicale du 1er mai, la droite française a reproché à Emmanuel Macron de s’être trouvé, au même moment, en Australie pour y « boire du champagne » mais ce n’est pourtant pas de bulles que le président de la République s’occupait à Canberra.

     Il y parlait géostratégie, développant la vision d’un axe Paris-New Delhi-Canberra, France, Inde et Australie, pour faire contrepoids à ce qui pourrait bientôt devenir l’hégémonie chinoise en Asie. 

D’ordinaire, ces choses se suggèrent sans être dites mais, comme à son habitude, Emmanuel Macron s’est montré cash, expliquant publiquement que « si la Chine avait parfaitement conscience de la différence fondamentale entre stabilité  et hégémonie, nous ne devons pas être naïfs mais nous organiser pour être vus et respectés par elle comme un partenaire à égalité ». 

Il faut, autrement dit, organiser un rapport de forces avec cette deuxième économie du monde, ce pays de presque un milliard et demi d’habitants dont les réserves financières sont telles qu’il peut aujourd’hui acheter ports et aéroports sur les cinq continents afin d’ouvrir à ses exportations les autoroutes qu’il qualifie si élégamment de « nouvelles routes de la soie ». 

Comme il y eut un défi américain, il y a un défi chinois qu’il faut relever avant que l’économie de cette superpuissance renaissante ne devienne totalement dominante. 

C’est pour cela que, sous Donald Trump comme sous Barack Obama, les Etats-Unis se replient d’Europe et du Proche-Orient pour consacrer l’essentiel de leurs forces économiques, politiques et militaires à leur compétition avec Pékin et c’est pour cela qu’Emmanuel Macron est allé parler de géostratégie en Australie. 

Président français, il y parle au nom de la France mais c’est en fait en avant-garde d’une Union qui tarde si dramatiquement à s’affirmer en puissance politique qu’il s’exprime et agit. Dans l’axe qu’il propose, « Paris » s’entend comme l’Europe car la France s’impose aujourd’hui en locomotive de l’Union et l’Inde est, quant à elle, le seul pays d’Asie que sa taille et son potentiel laissent totalement libre d’échapper à toute forme de protectorat chinois. 

L’Inde est essentielle et la géographie, l’histoire et la langue, c’est fondamental, la placent bien plus près de l’Europe que ne l’est la Chine. L’Inde est un partenaire et allié naturel de l’Union et l’Australie, bien sûr, tout là-bas, à l’extrême Est, face à cette Mer de Chine où se dessineront les équilibres de ce siècle, est le dernier maillon, aussi fort qu’évident, d’un nécessaire équilibre à bâtir.

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