Leurs profits ont explosé avec les confinements, et ils sont installés au cœur de nos vies : mais les géants du numérique ont des sujets d’inquiétude, la volonté des États, des deux côtés de l’Atlantique, de contrôler leur expansion et leurs dérives.

Chaque comparution de Mark Zuckerberg (Facebook) au Congrès américain, révèle l’irritation des politiques devant le pouvoir des GAFAM. Ici en octobre 2019, à la Commission des Finances.
Chaque comparution de Mark Zuckerberg (Facebook) au Congrès américain, révèle l’irritation des politiques devant le pouvoir des GAFAM. Ici en octobre 2019, à la Commission des Finances. © AFP / Aurora Samperio / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Ce n’est pas une surprise, on savait que les grandes entreprises du numérique avaient été les principaux bénéficiaires des confinements à répétition de cette pandémie. Leurs résultats financiers le confirment, faisant des célèbres GAFAM, et de quelques autres, non seulement des géants économiques, mais aussi des puissances majeures à l’échelle mondiale. Et c’est ce qui inquiète les États.

Qu’on en juge : les revenus des cinq GAFAM -Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft- ont augmenté de 41% au premier trimestre 2021, pour atteindre au total 322 milliards de dollars. Soit bien plus que les recettes fiscales de l’État français pour tout 2021. Et leurs bénéfices après impôts ont bondi de 105% !

Et ça n’est pas près de s’arrêter : la pandémie les a placés plus solidement encore au cœur de nos vies confinées, et vraisemblablement, post-confinement aussi. Même le plan de relance de l’économie américaine de Joe Biden, avec son chèque de 1 400 dollars pour chaque famille, va en partie dans leurs caisses.

Et pourtant, les sujets d’inquiétude ne manquent pas dans les états-majors de ces grands groupes.

Leur taille croissante, leur influence opaque, leur poids sur le marché, leurs pratiques sociales, leur éthique souvent discutable, ont suscité des résistances, qui trouvent aujourd’hui un écho du côté démocrate.

Deux nominations-clé dans l’administration Biden ont de quoi inquiéter ces géants : 

  • Le premier est Tim Wu, Conseiller du Président Biden sur les questions de concurrence et de technologie, inventeur du terme "neutralité du net", un concept clé d’égalité entre tous les acteurs du secteur ; il est aussi l’auteur d’un livre intitulé "The Curse Of Bigness", "La malédiction d’être gros", qui n’est pas un manuel de diététique... mais un traité sur les monopoles. 
  • La seconde est Lina Khan, 32 ans, nommée Commissaire à la Concurrence, et qui est ouvertement partisan de scinder les grands groupes. Elle est le pendant américain de Margrethe Vestager, la Commissaire européenne à la Concurrence, connue pour ses nombreuses procédures contre les géants du numérique : les GAFAM avaient une "bête noire", ils en ont désormais deux !

Avant même l’arrivée de Joe Biden, l’administration Trump avait entamé des procédures anti-monopolistiques contre Google et Facebook. Ce sont des procédures longues, une course d’obstacles juridique, mais que la nouvelle administration semble plus que motivée pour poursuivre.

Tout le dilemme est de trouver l’équilibre entre laisser innover un secteur devenu le cœur du capitalisme américain, et empêcher les abus de position dominante, les dérives antisociales, et l’évasion fiscale.

Coïncidence du calendrier, la Chine est elle aussi en train de mettre au pas ses propres géants du numérique, comme on l’a vu avec Jack Ma, le fondateur du groupe Alibaba. Dans un tout autre contexte, le pouvoir chinois juge lui aussi que les équivalents des GAFAM, les B.A.T.X. -Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi-, sont devenu trop gros, trop puissants, trop incontrôlables.

Le monde entier est concerné par ces évolutions car ces groupes sont aujourd’hui déployés partout. Le capitalisme du XXI° siècle est en train d’être redéfini, et les États n’ont pas dit leur dernier mot.

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