Ancien nonce apostolique à Washington, le cardinal Laghi est arrivé hier dans la capitale américaine. Il est porteur d’un message du Pape pour Georges Bush mais ce n’est ni la première ni la dernière démarche de Jean-Paul II pour tenter de convaincre les Etats-Unis de ne pas se lancer dans une guerre préventive contre l’Irak. Sans aval de l’Onu, une offensive américaine contre Bagdad serait « un crime contre la paix », avait déjà déclaré Mgr Tauran, le chef de la diplomatie vaticane. Au même moment, le cardinal Etchegaray avait été prier pour la paix avec les chrétiens irakiens et s’entretenir avec Saddam Hussein des moyens de la préserver. Dans une intense activité diplomatique, le Pape lui-même a pris position contre cette guerre et l’on parle donc, maintenant, de la possibilité qu’il aille plaider en personne, devant le Conseil de sécurité, la cause du désarmement pacifique de l’Irak. Le Vatican dément mais, en tout état de cause, tout pousse Jean-Paul II à se mobiliser. L’Eglise, d’abord, craint qu’une guerre ne rende encore plus précaire la situation des chrétiens d'Orient, que les chrétiens d’Irak et l’ensemble des communautés chrétiennes du monde arabe n’en soient vus comme des cinquièmes colonnes des Etats-Unis, de la première puissance occidentale, que des violences puissent s’ensuivre et, surtout, qu’un climat de confrontation entre l’Islam et l’Occident ne pousse les chrétiens d’Orient à l’exil. C’en serait alors virtuellement fini de la présence chrétienne dans le monde arabe, présence remontant aux débuts du christianisme et déjà considérablement réduite par l’écroulement des empires coloniaux. Ce serait un recul de la chrétienté, un appauvrissement, dans l’Orient même où elle est née, d’une Eglise qui se veut universelle. Ce serait aussi un frein considérable au développement de ce dialogue avec l’Islam auquel Jean-Paul II tient tellement, auquel il a consacré tant de voyages et d’énergie car il veut que soit, un jour, scellée la réconciliation des enfants d’Abraham, chrétiens, musulmans et juifs qui, tous, se réclament du même Dieu. Ce n’est pourtant ni tout ni l’essentiel. Avant même d’être polonais, ce Pape est européen. Il connaît l’Histoire de l’Europe, son intimité avec l’Islam, sait que le continent, question de géographie, doit vivre avec le monde musulman, s’entendre avec lui, et que cette guerre présente ainsi beaucoup plus de dangers pour le vieux monde que pour le nouveau. Et puis, enfin, le Pape regarde ses diocèses. Dans toute l’Europe, en Amérique latine, en Asie, partout où pèse l’Eglise catholique et, en particulier sur les continents où son dynamisme reste entier mais où progressent aussi l’Islam et les églises protestantes américaines, les opinions sont hostiles à cette guerre. Jean-Paul II n’aurait aucune raison de ne pas exprimer ses troupes, alors même qu’il partage leur sentiment, alors même que, sitôt tournée la page du communisme, il n’a eu de cesse de dénoncer les excès du libéralisme, de ce tout-marché que les Etats-Unis proposent au monde. Tout conduit ce pape à mobiliser l’Eglise contre cette guerre et il n’est pas homme à baisser les bras.

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