On voit bien les résultats de ces attentats. Les obus et les bombes vivantes qui ont tué, mardi, quelques deux cents chiites en Irak et en ont blessé six cents autres accroissent la défiance entre les communautés irakiennes, compliquent encore la tâche des Etats-Unis et poussent tout le pays non plus vers le chaos dans lequel il est déjà mais vers la guerre civile, un bain de sang balkanique et l’éclatement à terme. Tout cela n’est que trop clair mais qui peut avoir intérêt à cela ? Beaucoup de gens se dit-on car les coupables possibles sont en effet nombreux. La minorité sunnite, ses éléments les plus radicaux en tout cas, peut considérer que la majorité chiite, plus de 60% de la population irakienne, est en passe de prendre le contrôle de l’Irak, qu’elle impose aux Américains l’organisation d’élections dont elle sortirait mathématiquement victorieuse et que les sunnites ont donc tout à gagner à enrayer ce processus avant d’être soumis à la loi chiite comme les chiites étaient soumis, jusqu’à présent, à la leur. Cela semble logique mais si la spirale de la guerre civile s’enclenchait, ce ne sont pas les sunnites qui gagneraient mais les chiites, question de nombre, et un éventuel éclatement de l’Irak profiterait plus aux chiites qui contrôlent des régions pétrolières qu’aux sunnites qui n’auraient alors qu’un Etat croupion, sans richesses naturelles. L’Iran alors ? Peut-être puisque les Iraniens auraient tout à craindre de la stabilisation, fut-elle relative, d’un Irak sous influence américaine qui constituerait une menace certaine pour la pérennité de leur régime islamiste. Les Iraniens pourraient avoir été, c’est vrai, tentés d’affaiblir les Américains en Irak mais ils auraient beaucoup à perdre, en même temps, à l’émergence d’un Etat chiite issu d’un fractionnement irakien car elle mettait terme à leur monopole de l’incarnation étatique du chiisme et les mettraient en concurrence avec un autre pôle chiite aux lieux saints prestigieux. La piste iranienne n’est pas forcément à écarter mais elle n’est guère convaincante. L’Arabie saoudite alors ? Là encore, il y a des arguments à l’appui de cette thèse puisque les Américains n’ont jamais caché que leur objectif, derrière l’Irak, était de mettre au pas l’Arabie saoudite, de relativiser sa puissance pétrolière et l’influence qu’y exercent les intégristes wahhabites. L’Arabie saoudite pourrait vouloir jouer avec le feu mais un incendie se propage si vite qu’il n’est pas du tout évident qu’elle ait pris ce risque. Alors qui ? Plus terrifiante que tout, la réponse est qu’on ne sait pas sauf à croire que la mouvance d’al-Qaida, mouvance extrémiste sunnite, jouerait délibérément l’embrasement de tout le Proche-Orient pour, à la fois, chasser les Américains de la région et y mettre les chiites au pas. C’est possible mais il y aurait alors bien peu de vision dans ce calcul car le plus probable résultat de ce poker serait une alliance de fait entre l’ensemble des chiites, les Etats-Unis et, peut-être même, l’Europe qui aurait, dans ces conditions, à choisir son camp. La seule certitude est que l’intervention américaine en Irak n’était décidément pas une bonne idée.

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