L’Indonésie s’est abstenue mais elle a été la seule. Membres permanents et non permanents, les 14 autres pays siégeant au Conseil de sécurité ont tous approuvé, hier, l’adoption d’un nouveau train de sanctions économiques contre l’Iran, les troisièmes en quinze mois. Cette quasi-unanimité a un sens. Elle signifie que, Chine et Russie comprises, c’est l’ensemble du monde qui doute aujourd’hui que le programme nucléaire iranien ait des finalités purement civiles et souhaite amener la République islamique à renoncer à ses opérations d’enrichissement d’uranium qui pourraient, un jour, la doter de la bombe. Sans être décisives en elles-mêmes, ces sanctions viennent infliger ainsi un désaveu international au régime iranien qui pourra difficilement ignorer ce revers diplomatique. Il n’en tiendra pas compte dans l’immédiat. Il ne faut sans doute pas s’attendre à ce que régime modifie rapidement son attitude car le paradoxe est qu’il inquiète désormais assez les régimes arabes, ses voisins immédiats, pour qu’il se soient résolus à le ménager. Faute de croire, aujourd’hui, que les Etats-Unis, l’Europe, l’ensemble même du Conseil de sécurité parviendront à réduire les ambitions de l’Iran, de l’ancienne Perse, d’une puissance chiite qu’ils ne considèrent certainement pas comme une amie, les régimes sunnites cherchent à trouver un modus vivendi avec Téhéran. Adulé par de larges secteurs de l’opinion arabe pour la violence de ses diatribes anti-occidentales et anti-israéliennes, Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, a été reçu en Arabie saoudite et dans les autres pays du Golfe. L’Iran reprend même langue avec l’Egypte. Bien au-delà de ses liens traditionnels avec la Syrie, le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais, il marque des points dans tout le Proche-Orient et Mahmoud Ahmadinejad vient même d’effectuer, ce week-end, avec tous les honneurs, une visite officielle en Irak, pays sous protectorat américain mais majoritairement chiite et où l’influence iranienne est grande depuis la chute de Saddam Hussein. Aussi ambigus qu’ils soient, ces succès régionaux confortent le Président iranien mais, en même temps, les sanctions internationales pèsent lourd à Téhéran. Les classes moyennes et les milieux d’affaires en souffrent et déplorent l’isolement de leur pays. Sur fond d’inflation, c’est toute l’économie nationale qui se dégrade et, d’une résolution du Conseil de sécurité à l’autre, d’un petit pas à l’autre, le front des grandes puissances s’affirme sur ce dossier nucléaire. Apparemment euphoriques, Mahmoud Ahmadinejad et ses partisans sont devenus très impopulaires dans tous les milieux iraniens. La jeunesse les exècre. Les plus aisés les haïssent. Les plus pauvres leur reprochent de ne pas avoir tenu leurs promesses de progrès social. Le clergé s’inquiète de leur aventurisme. Tous les autres courants du régime se sont ligués contre eux et le revers diplomatique qu’ils ont fait essuyer, hier, à l’Iran ne jouera pas en leur faveur car ils avaient déjà annoncé qu’ils avaient fait plier l’Onu. Accompagnée de nouvelles offres de négociations, cette résolution du Conseil de sécurité n’est pas indifférente.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.