L’Union européenne va-t-elle mal… ou bien si mal qu’on pourrait, déjà, espérer son rebond ? Essayons d’y voir clair. Les raisons de s’inquiéter ne manquent pas. Face à une crise mondiale qui s’amplifie chaque jour, l’Union peine à coordonner ses plans de relance et cède à la tentation du chacun pour soi. Au lieu de passer à la vitesse supérieure, de définir une relance commune et d’organiser, enfin, la convergence de ses politiques économiques au sein de l’eurogroupe, elle fait, en un mot, du surplace ce qui signifie qu’elle recule. On le disait, lundi matin, au lendemain d’un Conseil européen particulièrement décevant. Le directeur général du FMI, Dominique Strauss Kahn, s’en est alarmé le même jour. Joschka Fischer, l’ancien ministre allemand des Affaires étrangères, sonnait le tocsin, hier, dans Le Figaro en appelant Paris et Berlin à se rapprocher d’urgence pour redonner un élan à l’unité européenne. Ca va mal mais... Prenons ce sondage publié, hier, dans Libération. Face à la crise économique, 33% des Français souhaitent que les gouvernements européens favorisent des solutions à l’échelle nationale mais 59% d’entre eux voudraient, au contraire, soit qu’ils renforcent la coordination de leurs politiques soit, même, qu’ils mettent en œuvre des politiques européennes communes. Impressionnante, cette majorité signifie que le pays qui avait si clairement rejeté le projet constitutionnel n’en voit pas moins l’absolu besoin d’unité européenne et l’on avait déjà noté la même évolution en Irlande. Les opinions bougent, dépassent les griefs que l’on peut faire à l’Union pour en revenir à l’essence d’un projet dont un eurosceptique militant et éditorialiste du Financial Times, Gideon Rachman, vient d’écrire qu’il avait eu tort de le rejeter car il se révélait, aujourd’hui, indispensable aux 27 Etats membres. Prenons, maintenant, les socialistes français. Hier à couteaux tirés sur l’Europe, ils ont adopté ce week-end un manifeste commençant par ces mots : « Rarement le besoin d’Europe n’a été aussi impérieux… » et appelant à « donner un autre souffle à l’Union » en en donnant les commandes à la gauche. L’idée que l’Europe, en elle-même, n’est ni de droite ni libérale mais une démocratie dont on peut changer la politique en en changeant la majorité est exprimée là avec autant de clarté que de détermination. C’est également nouveau et peut-être les choses changent-elles aussi dans les capitales de l’Union. La Commission, total retournement, vient de se dire favorable à un emprunt européen, condition sine qua non d’une relance européenne. Elle appuie également la mise en place de nouveaux contrôles des marchés. La France et l’Allemagne affirment, parallèlement, leurs convergences dans la lutte contre les paradis fiscaux. Berlin vient de marquer une volonté de rapprochement avec Paris en acceptant la baisse de la TVA sur la restauration et, aux dernières nouvelles, une « coordination économique » entre les deux pays serait au menu du prochain conseil des ministres franco-allemand du 12 mars. La peur devient, peut-être, bonne conseillère.

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