Trop lente, beaucoup trop lente, à prendre la mesure du printemps arabe, l’Europe se réveille enfin. La Commission européenne vient d’annoncer qu’elle débloquait 30 millions d’euros pour aider à l’hébergement et au rapatriement des travailleurs étrangers qui ont fui la Libye par dizaines de milliers. La Banque européenne d’investissements, le bras financier de l’Union, envisage la création d’une filiale spécialement chargée d’accorder prêts et conseils économiques aux pays du sud et de l’est de la Méditerranée. La France et la Grande-Bretagne se déclarent désormais favorables à une interdiction du ciel libyen à l’aviation du colonel Kadhafi. Alain Juppé, nouveau chef de la diplomatie française, se rend dimanche au Caire, cinq jours seulement après avoir pris ses fonctions et, jeudi et vendredi prochains, l’Union planchera sur les moyens de répondre à ce changement de donne dont le seul précédent est le basculement, il y a 20 ans, de l’Europe centrale du communisme à la démocratie. L’Europe se réveille pour deux raisons. La première est qu’elle doit impérativement aider au triomphe de la liberté car son échec et le marasme économique qui s’ensuivrait déboucheraient vite sur un chaos politique, un retour en force des islamistes qui sont, pour l’heure, en complet recul et une vraie vague d’émigration, suscitée par la misère et à laquelle les 27 seraient bien en peine de faire face. L’Europe se doit d’aider à la démocratisation et la stabilisation des pays arabes car ce serait se tirer dans le pied que de ne pas le faire mais elle a également là une chance historique à saisir, de vrais intérêts à promouvoir qui ne sont pas conjoncturels mais de long terme. Sur la mappemonde, la Méditerranée apparaît pour ce qu’elle est, un lac intérieur autour duquel s’étendent l’Afrique, l’Europe et le Proche-Orient. C’est si vrai que, de l’Empire romain aux temps présents en passant par l’Empire ottoman et le temps des colonisations européennes, ces trois ensembles n’ont pratiquement jamais cessés d’être mêlés et que l’Orient européen que constitue la Russie est devenu partie prenante de cette histoire commune depuis sa conversion au christianisme, il y a plus d’un millénaire. Autour du lac méditerranéen, s’organise un ensemble qui est le berceau de l’humanité, le cœur des trois religions monothéistes et, virtuellement parlant, un bloc dont les économies son complémentaires, les liens culturels profonds et le poids démographique impressionnant. S’il se structurait, lentement bien sûr mais avec la volonté d’y parvenir, ce bloc aurait pour lui beaucoup plus que la somme des atouts de ses parties, que la jeunesse, l’étendue, les matières premières et l’avance technologique que les uns et les autres lui apporteraient. Servie par sa continuité territoriale, l’Eurafrique pourrait devenir un poids lourd mondial dont le dynamisme économique n’aurait rien à envier à celui des pays émergents. Il n’y pas là un rêve mais une ambition à développer, parfaitement réaliste et passant par la construction méthodique de partenariats entre l’Union, l’Afrique, le Proche-Orient et la Russie. Ce sera long ? Difficile ? Oui et c’est pour cela qu’il ne faut plus tarder à s’y mettre et saisir cette chance.

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