Le constat est juste, la conclusion ne l’est pas. Le premier ministre israélien avait raison de dire, hier, devant le Congrès américain que le compromis qui est peut-être en train de se sceller entre les grandes puissances et l’Iran sur la question nucléaire ne suffirait pas à écarter la possibilité que ce pays se dote, malgré tout, de la bombe.

C’est vrai parce que le compromis qui paraît s’esquisser ne devrait avoir qu’une durée limitée à dix années ou un peu plus ; qu’au terme de cette décennie, l’Iran reprendrait sa liberté ; qu’il aurait obtenu, entre temps, la levée des sanctions économiques qui le frappent et qu’en tout état de cause, les concessions qu’il ferait sur son programme ne l’empêcheraient pas, s’il décidait de rompre cet accord, de devenir une puissance nucléaire en un an de temps.

Tout cela est vrai, comme il est vrai que l’Iran est en train d’étendre aujourd’hui son influence au Yémen, en Irak, au Liban et en Syrie, dans la majeure partie du Proche-Orient en un mot. C’est la réalité, une indiscutable réalité, et Benjamin Netanyahou n’avait en ce sens pas tort non plus de mettre en garde contre l’idée, caressée par la Maison-Blanche, de s’appuyer sur Téhéran pour contrer les jihadistes de l’Etat islamique car « l’ennemi de mon ennemi, a-t-il lancé en retournant la formule connue, reste mon ennemi ».

Oui, ce constat est doublement juste mais ce compromis serait-il pour autant « un mauvais accord » auquel il faudrait préférer la poursuite des pressions économiques sur l’Iran ? C’est ce qu’a martelé, hier, le Premier ministre israélien devant les sénateurs et Représentants américains qui n’ont pas cessé de l’applaudir, mais le fait est, aussi, que ces pressions ont jusqu’à présent échoué à arrêter la constante progression de l’Iran vers l’arme atomique. Quoi qu’en ait dit Benjamin Netanyahou pour ne pas trop inquiéter le Congrès, la seule alternative à ce compromis est la guerre ou le laisser-faire.

Or la guerre - des frappes aériennes sur les sites nucléaires iraniens - à peu près personne n’en veut aux Etats-Unis car sa dynamique serait totalement imprévisible. Quant au laisser-faire, à la poursuite de sanctions qui ont durement affaibli l’économie iranienne mais n’ont rien empêché, ce serait aussi la guerre car elle deviendrait inévitable sitôt que Téhéran serait au bord d’avoir la bombe.

Tout compromis est, par nature, insatisfaisant mais celui-là - comme le pense, lui, Barack Obama auquel Benjamin Netanyahou s’attaquait sans le dire - vaudrait mieux que rien parce qu’il laisse du temps au temps, qu’il renforcerait les réformateurs et modérés iraniens contre le camp des conservateurs et enhardirait la société iranienne qui n’en peut plus de ce régime.

Ce compromis serait, oui, un pari sur l’avenir mais, outre qu’il n’aggraverait pas la situation et pourrait la geler pour un temps, mieux vaut parier sur une dynamique de détente et de paix, sur un changement de donne, que sur un tout ou rien dont on voit trop bien où il mènerait bien vite.

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