Direction le Brésil qui a perdu sa « liste noire »…

Dis comme ça, on dirait un titre de John Le Carré ! Mais désolé de vous décevoir d’avance, la liste noire brésilienne ou « liste sale » n’est pas une affaire d’espionnage mais une liste publiée par le ministère brésilien du Travail depuis 2003. Cette liste rassemble les noms de toutes les entreprises coupables de conditions de travail dégradantes pour leurs salariés. Est-il utile de préciser qu’au Brésil, ces « conditions de travail dégradantes » s’apparentent souvent à de l’esclavage ?

La plupart du temps, il s’agit de main d’œuvre immigrée, à peine payée, non déclarée, et hébergée par l’entreprise dans des conditions inhumaines. Une fois prise en flagrant délit d’esclavage, les entreprises étaient donc inclues dans cette liste.

Elles y restaient tant qu’elles n’avaient pas réglé l’ensemble de leurs amendes et peines. En clair, cette liste était infamante, consultable d’un clic et surtout, elle interdisait aux entreprises les marchés publics et mêmes les prêts bancaires !

Cette liste était un outil particulièrement malin et surtout utile dans un pays comme le Brésil où la corruption est endémique et où les contrôles lâches. En clair, les inspecteurs du travail brésiliens n’ont pas les moyens de leurs collègues français.

Que lui est-il arrivé à cette liste noire, pourquoi a-t-elle disparu ?

Les entreprises brésiliennes se sont senties diffamées. Elles ont commencé en 2014 une bataille juridique pour la faire retirer du site du ministère, voire la faire disparaître totalement : ils ont tout obtenu, la liste noire brésilienne a été supprimée.

Or, ce n’était vraiment pas le moment : le Brésil vit sa pire récession depuis 25 ans, le chômage est en pleine progression : toutes les conditions sont réunies pour faire pression sur des salariés fragilisés, et plus encore sur la main d’œuvre immigrée.

Evidemment, hurlement des ONG et des travailleurs sociaux qui ont sorti leur liste concurrente. Une liste qui n’a aucun des attributs qui rendaient la liste officielle si efficace avec ses sanctions. Pire encore : nous sommes a quelques mois des JO de Rio.

Quel rapport entre les JO et cette liste d’entreprises indélicates ?

En fait, il y avait dans cette liste, quelques-unes des entreprises brésiliennes de travaux publics capables de combler au plus vite les retards pris par les chantiers de construction des Jeux olympiques.

Le fait que la liste n’existe plus les rend donc immédiatement disponibles : elles peuvent travailler avec l’Etat. De là à imaginer que cette liste ait été supprimée pour leur permettre de finir les routes et les stades des JO, il n’y a qu’un pas.

Mais surtout, la disparition de cette liste noire envoie, une fois de plus, un message d’impunité aux Brésiliens. Or le pays vit en ce moment au rythme d’un des plus graves scandales de corruption de l’histoire du pays.

Un scandale qui implique le Parti des travailleurs de la présidente Dilma Rousseff et dont le cœur est Petrobras, le fleuron pétrolier national. On parle de 2Mds$ de pots-de-vin distribués et même l’icône Lula, l’ancien président, a été mis en cause !

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.