Comment comprendre que le régime algérien persiste dans sa volonté de présenter la candidature d'un impotent de 82 ans ? En plus de toutes les raisons tactiques, il y a LE modèle par excellence : l'Egypte.

La président Bouteflika sera donc candidat pour un 5e mandat et c'est une humiliation de plus pour les Algériens : non seulement, son clan a décidé de présenter la candidature d'un homme de 82 ans hospitalisé en Suisse et qui n'a pas vu en public depuis 2013, mais, en plus, il joint à cette candidature des promesses totalement baroques.

Abdelaziz Bouteflika promet donc, si on a bien compris, de ne ne rester au pouvoir pour un temps limité, le temps de changer de régime. Qui va croire de pareilles balivernes et d'ailleurs, est-ce même fait pour être crû ? De toutes évidences non ! Donc, reposons des questions simples ?

Pourquoi le régime algérien, fait de clans enkystés les uns dans les autres et qui prennent soin de s'annuler les uns les autres, a-t-il présenté un candidat impotent pour le 5e fois ? Parce qu'à Alger personne n'a de solution de rechange sans faire éclater un pacte de prébendes, de captation de rente et de corruption qui ruisselle très peu.

Ensuite, pourquoi devant la mobilisation de la foule – et j'ai fait partie de ceux qui ont remarqué très vite, dans les stades algériens où se réunit la jeunesse, l'ampleur et la profondeur de cette contestation, pourquoi donc le régime persiste ?

Parce qu'ils se sont piégés eux-mêmes, les archontes du pouvoir algérien. Avec leur « blitz » candidature, officialisation le 10 février ; date butoir le 3 mars. Ils voulaient plier le match et les Algériens, comme toujours, ne se sont pas laissés faire.

Aujourd'hui, le roi est nu : pas de solution de rechange, pas question de plier devant la rue et ils demandent, comme le moins pire des actes de faiblesse, « encore une minute, monsieur le bourreau », « s'il vous plait encore un an, le temps de partager l'héritage ».

Calmer les manifestants, passer en force

Evidemment, mais c'est un coup purement tactique : c'est la seul possible qui laisse encore une porte de sortie, à savoir le retrait dans quelques jours ou quelques semaines de cette candidature scélérate.

Mais pour comprendre l'Etat d'esprit des autorités algériennes, un point de comparaison est très utile. Depuis l'indépendance, le régime algérien s'est construit, s'est renforcé, s'est forgé à l'aune d'un seul et unique modèle : l'Egypte naserienne.  

Comme en Egypte, les militaires algériens ont accaparé le pouvoir politique et surtout le pouvoir économique et, comme en Egypte, l'armée partage un peu le pouvoir avec des politiques, tant que ceux-ci savent canaliser les masses et gérer le quotidien.

Or en 2011, l'armée n'a pas tiré dans la foule qui réclamait le départ d'Hosni Moubarak. Elle a laissé le Raïs s'effondrer et les Egyptiens s'épuiser dans la révolte et les pénuries. Elle n'a jamais perdu ni une caserne, ni une usine et à la fin, elle a ramassé la mise.

C'est probablement ce que les militaires et les forces de sécurité algériennes ont en tête : ne pas tirer sur la foule pour ne pas se l'aliéner, se réserver la possibilité de faire chuter le clan Bouteflika, devenu trop embarrassant, mais préserver ses intérêts.

On pourrait résumer cela en une formule : « mourir peut-être, rendre l'argent jamais !

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