Il n’y a pas de bonnes solutions pour l’Europe qui doit éviter la répétition du scénario de 2015, faire preuve d’humanité, de solidarité, et de cohérence. Ca fait beaucoup…

Face à face tendu à la frontière turco-grecque depuis samedi, des milliers de migrants sont massés du côté turc et tentent de forcer leur chemin vers l’Europe, incités par les autorités turques.
Face à face tendu à la frontière turco-grecque depuis samedi, des milliers de migrants sont massés du côté turc et tentent de forcer leur chemin vers l’Europe, incités par les autorités turques. © AFP / Sakis MITROLIDIS / AFP

Il y a évidemment un air de déjà-vu avec ces images dramatiques à la frontière gréco-turque, qui rappellent la détresse et la stupéfaction de 2015. Que peut-il y avoir de pire que la répétition des événements de cet hiver 2015, qui ont laissé l’Europe divisée, tel un bateau-ivre incapable de faire face à de grands vents imprévus ? L’Europe avait alors sous-traité la question migratoire à la Turquie, au prix fort, d’un gros chèque et d’une humiliation.

Un accord bancal entre la Turquie et l'Europe

C’est cet accord bancal qui revient aujourd’hui hanter les Européens, qui, il faut bien le dire, ont fait depuis comme si le problème n’existait plus alors qu’il était simplement cantonné de l’autre côté de la frontière.

Il aura suffi d’un contexte explosif, la situation dans la région d’Idlib dans le nord-ouest de la Syrie, avec l’offensive du régime de Bachar el-Assad appuyé par ses alliés russe, iranien et du Hezbollah libanais, pour briser une stabilité de façade. Et la décision cynique du Président turc Recep Tayyip Erdogan de transformer des millions d’hommes, femmes et enfants désespérés en arme de pression massive sur cette Europe qu’il ne respecte pas plus qu’il ne la craint.

Deux crises distinctes

Il y a deux crises distinctes et pourtant étroitement liées : celle d’Idlib, où l’armée turque a subi de lourdes pertes et est entrée en confrontation avec le régime d’Assad ; et celle que la Turquie a elle-même déclenchée en disant aux migrants présents depuis des années sur son territoire de se diriger vers l’Europe, d’abord la Grèce. 

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a accusé hier, à l’Assemblée nationale, le Président Erdogan d’avoir "instrumentalisé" les réfugiés pour faire pression sur l’Europe, afin qu’elle le soutienne en Syrie. Et il a qualifié cette attitude d’"inacceptable". 

Il a évidemment raison, et le Président turc se déconsidère lorsqu’il se réjouit dans ses meetings d’avoir envoyé des millions de personnes vers l'Europe. Pour autant, s’opposer à Erdogan, qui a beau jeu de rappeler qu’il a accueilli quatre millions de réfugiés chez lui, n’est pas une réponse politique suffisante ; pas plus qu’une "forteresse Europe" barricadée derrière des barbelés.

Soyons clairs, il n’y a pas de bon scénario pour l’Europe. 

Les Européens n’ont aucune capacité à peser sur le conflit en Syrie qui reste, ne l’oublions pas, la cause numéro un de l’existence des réfugiés ; ils n’ont guère d’influence sur la Turquie et encore moins sur la Russie qui ont certaines clés de la crise ; et, on le sait depuis 2015, les 27 n’arrivent pas à définir une politique d’immigration commune.

C’est donc un nouveau test grandeur nature pour l’Europe. Si elle n’est pas à la hauteur, elle y perdra sa crédibilité bien entamée, et laissera prospérer les forces populistes ou plus extrémistes encore qui prospèrent sur la peur.

Les 27 ont un triple impératif d’humanité, ce n’est pas vraiment ce à quoi on assiste à la frontière grecque depuis trois jours ; de solidarité vis-à-vis des pays qui constituent la frontière extérieure de l’Europe ; et enfin de cohérence pour trouver des solutions diplomatiques au défi qui vient d’apparaître. Ça fait beaucoup, mais c’est le prix à payer pour l’accumulation de problèmes non réglés par le passé.

📖  LIRE | Jean Ziegler : "La tragédie qui se déroule à la frontière gréco-turque est proche du crime contre l’humanité"

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