La double session parlementaire annuelle s’ouvre jeudi à Pékin, un rituel sans surprise qui sert au pouvoir chinois à verrouiller le message politique à un moment de durcissement, interne et externe.

Les « deux Assemblées » parlementaires chinoises se réunissent à partir de jeudi à Pékin, un rituel immuable du pouvoir politique chinois qui ne laisse pas de place aux surprises, bonnes ou mauvaises.
Les « deux Assemblées » parlementaires chinoises se réunissent à partir de jeudi à Pékin, un rituel immuable du pouvoir politique chinois qui ne laisse pas de place aux surprises, bonnes ou mauvaises. © AFP / Shen Hong / XINHUA / Xinhua via AFP

C’est un grand moment du rituel politique en Chine : la session annuelle des « deux Assemblées » parlementaires, plusieurs milliers de délégués venus de tout le pays, le Palais du Peuple de la Place Tiananmen, à Pékin, en rouge vif, et les rares dissidents encore en liberté étroitement surveillés pour deux semaines.

La machine est bien huilée, et ce parlement-là ne réserve pas de surprises, bonnes ou mauvaises, jamais ou presque. Alors à quoi bon ? En fait, il s’agit d’un des rouages d’un appareil politique pyramidal par lequel le message du sommet, aujourd’hui incarné par le numéro un du Parti communiste Xi Jinping, se répand dans tout le pays.

Et cette année plus que d’autres, le sommet a besoin de maîtriser la communication politique, de verrouiller les différentes branches du parti et de l’État ; car derrière la tranquille assurance affichée par le pouvoir chinois, du fait d’avoir maîtrisé la pandémie tandis que le reste du monde continue de se débattre avec le virus, se cachent de nombreuses questions et incertitudes.

Il y a aujourd’hui trois enjeux majeurs pour Xi Jinping, qui expliquent l’extrême raidissement du pouvoir auquel on assiste actuellement.

Le premier est lié à la pandémie : il s’agit de contrôler le « narratif » de l’année 2020, de faire oublier que le coronavirus est parti de Chine, d’effacer les errements des premières semaines qui ont sans doute retardé l’alerte mondiale ; et d’en faire une épopée triomphale pour le parti, qui a su terrasser le virus et repart de l'avant avec un nouveau plan quinquennal. Le covid-19 doit participer de la légitimité du Parti, là où, il y a un an, l’épidémie semblait devoir la menacer.

Le deuxième enjeu est évidemment celui de la rivalité avec les États-Unis, qui a pris un tour aigü sous Donald Trump, et dont Pékin sait désormais qu’elle se poursuivra avec la même âpreté sous Joe Biden. Il y a un consensus dur à Washington, qui pousse l’administration dans le sens d’une guerre froide avec Pékin.

Dans un discours récent passé inaperçu, et cité hier par le « New York Times », Xi Jinping a estimé que l’Occident était en « déclin », mais a mis en garde les cadres du Parti que « les États-Unis restent la principale menace au développement et à la sécurité » de la Chine.

Cette déclaration de Xi Jinping a des accents martiaux, et toute personne qui critiquerait la position officielle s’exposerait à de lourdes conséquences. Les Hongkongais en font la tragique expérience avec l’emprisonnement de toutes les personnalités de l’opposition démocratique qui se trouvaient encore dans le territoire. 47 d’entre elles comparaissent depuis deux jours en vertu de la loi sur la sécurité nationale adoptée l’an dernier.

Pékin se sait critiquée à l’étranger pour la mainmise sur Hong Kong, pour la persécution des Ouigours du Xinjiang devenus un enjeu international croissant, et enfin pour les menaces sur l’île de Taiwan.

Le pouvoir chinois veut être certain de tenir son opinion face à ces vents hostiles ; et, c’est le troisième enjeu, il veut s'assurer de la sacro-sainte stabilité dans la perspective délicate du 20ème congrès du Parti communiste chinois, l’an prochain ; congrès qui devrait reconduire Xi Jinping pour un troisième mandat, le premier dirigeant à rester aussi longtemps au pouvoir depuis Mao ! La réunion de Pékin est une étape sur la voie du couronnement de Xi Jinping.

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