La Commission européenne commande beaucoup de sondages. Elle en fait faire à tout bout de champ pour la simple raison qu’elle en a besoin, qu’il lui faut régulièrement, comme à tout gouvernement, tâter le pouls de l’opinion, savoir ce que sont les priorités des citoyens européens, ce à quoi ils aspirent, ce qui serait bien admis au Nord, ou à l’Est, mais mal à l’Ouest ou dans le Sud. A l’heure où l’Union veut se doter d’un ministre des Affaires étrangères et s’affirmer sur la scène internationale, il y avait donc une logique à aller sonder les Européens sur leur perception des dangers internationaux. L’ennui est que lorsqu’on va demander si des pays, dont on tend la liste, présentent ou non un « danger pour la paix dans le monde », la question et totalement ambiguë. Elle peut vouloir dire ou bien « Est-ce que tel Etat a des visées agressives, veut s’étendre par la force et porter, pour cela, la guerre au-delà de ses frontières ? » ou bien « Est-ce que les crises que traverse ce pays menacent la stabilité internationale ? ». Ce n’est pas la même chose, très différent en fait, et c’est ainsi qu’Israël s’est retrouvé en tête de ce sondage, que les Israéliens s’en disent tous « outrés », que les relations entre Israël et l’Union européenne ne vivent en conséquence pas leurs plus belles heures et que c’est d’autant plus absurde, pour tout dire imbécile, que le camp de la paix israélien a autant besoin de l’Europe que l’Europe du camp de la paix. L’Europe s’apprête à soutenir les dernières propositions de règlement formulées ensemble par ceux des Israéliens et des Palestiniens qui rejettent l’impasse des attentats et de la répression. La gauche israélienne compte sur l’Europe pour faire bouger les Etats-Unis avant qu’ils ne renoncent, pour longtemps, à peser dans ce conflit. Chacun veut s’appuyer sur l’autre. Bref, la dernière des choses à faire était de compromettre cette connivence mais les résultats de ce sondage se résument à un titre, ravageur, « 59% des Européens considèrent qu’Israël constitue la première menace pour la paix du monde », un titre qui se lit, bien sûr, comme « Israël est un Etat dangereux ». Le mal est fait, non pas irréparable mais durable et pernicieux alors même qu’il est évident que ce que les Européens ont répondu est qu’ils considéraient que la crise israélo-palestinienne était la plus dangereuse des crises internationales, ce qui se discute mais peut très bien se soutenir. C’est à une gradation de la gravité des crises que les Européens sondés ont procédé et il suffit, pour s’en convaincre, de descendre les lignes. Ex æquo en deuxième position : l’Amérique pour cause d’embourbement irakien, l’Iran et la Corée du Nord pour cause de bras de fer nucléaire. Troisième position : l’Irak, gros d’une crise régionale et non pas prêt à conquérir la planète. Quatrième position : l’Afghanistan, même explication. Cinquième position : le Pakistan, mêmes causes, même réponse etc. Tous les journaux le savent : tout l’art, toute la justesse et la précision d’un sondage sont dans les questions. La Commission, apparemment, l’ignorait ou, plutôt, ne s’est pas souciée d’une enquête parmi d’autres.

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