Sur le site de CNN, un éditorialiste explique « pourquoi Paris brûle ». Ce n’est pas « Pourquoi Paris pourrait brûler » ou « va brûler ». Non, c’est bien « Why Paris is burning », un présent auquel n’hésitaient pas non plus à recourir, dès avant le week-end, ABC, une autre grande chaîne de télévision américaine et le quotidien populaire New York Post. Le Wall Street Journal parle, lui, de « zone de guerre » mais si la couverture de la presse américaine est particulièrement sur-dramatisante, un quotidien de Pékin se demande si les touristes chinois peuvent se rendre en France sans dangers, la Russie donne des conseils de prudence à ses ressortissants et un coup d’œil au site de la BBC suffit à mesurer l’impact mondial des nuits de violence en France. Comme France Inter avec Radio-com, ce site est en effet ouvert aux auditeurs et téléspectateurs des chaînes du service public britannique qui diffuse sur les cinq continents. Chaque jour, les fidèles de la BBC se voient proposer de réagir à un événement donné et il n’y avait, hier, pas moins de 45 écrans de réactions, toutes très passionnelles, sur ces « émeutes », le mot qui revenait le plus souvent. Beaucoup d’Américains ne cachaient pas ce qu’on appelle en allemand une « schadenfreude », une joie mauvaise. « Il semble donc que l’ouragan Katrina ait atteint Paris », écrivait ironiquement un Californien en estimant que « la France aurait sans doute besoin d’arrêter de jouer à la conscience du monde et de s’occuper de ses propres affaires ». « N’essayez pas de nous faire la leçon avant d’avoir résolu vos propres problèmes », lançait un autre Américain, du Nord-Est, à ces « hypocrites de haut vol » qu seraient les Français. Plus définitif encore, un troisième écrivait de Caroline du Nord : « Quelle importance… Sous peu, les Français feront ce qu’ils savent le mieux faire : apaiser l’ennemi ». On sentait là tout le ressentiment provoqué par l’opposition française à la guerre d’Irak et la constante concurrence que fait, c’est vrai, la France aux Etats-Unis dans le rôle de donneur de leçons. Autre grand type de réactions, celle des gens qui ne comprennent pas que la France ne reconnaisse pas des communautés en son sein. Aux Etats-Unis, on est très naturellement Italo-Américains, Afro-Américains, Irlando-Américains, Arabo-Américains etc. Il en va sensiblement de même en Grande-Bretagne et la volonté assimilatrice de la France est souvent vue dans le monde, surtout depuis l’interdiction du voile à l’école, comme une preuve d’arrogance nationale et de refus de l’internationalisation des Etats-nations, voire de leur dépassement. Beaucoup d’Africains et de Nord-Africains immigrés aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne ont ainsi écrit à la BBC pour dire qu’ils se sentaient mieux dans ces pays où ils pouvaient être eux-mêmes plus facilement qu’en France. Troisième grande réaction, enfin, celle d’islamophobes ou de partisans de la manière forte, qui reprochent aux dirigeants français de ne pas faire tirer dans le tas et de mettre ainsi l’Occident en danger par un trop grand souci de compréhension des causes de ces violences. Trop anti-américaine, trop assimilatrice ou trop sensible au malheur social, la France n’a pas que des amis.

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