Il y a les sondages, toujours plus favorables à Barack Obama. Il y a ce désarroi du camp républicain qui désespère tant de sa victoire qu’un de ses idéologues les plus mordants commençait son éditorial d’hier par cette phrase : « Barack Obama remportera probablement l’élection présidentielle de 2008 ». Il y a, surtout, cette atmosphère d’évidence qui entoure le candidat démocrate, partout perçu, par anticipation, comme le vainqueur de ce soir parce qu’il est – l’adjectif revient dans toutes les bouches – « brilliant », exceptionnellement brillant, ce qu’il est effectivement. Une élection n’est jamais jouée d’avance mais pourquoi celle d’aujourd’hui le parait-elle à ce point ? La réponse a un nom, Bush, Georges Bush, qui apparaît aujourd’hui à ces mêmes Américains qui l’ont, pourtant, élu deux fois comme le plus catastrophique de leurs présidents, comme un homme qui, aux yeux des trois quarts d’entre eux, nui à leur pays en l’abaissant car les faits sont là, indéniables et reconnus. Georges Bush a engagé les Etats-Unis dans deux guerres, l’Irak et l’Afghanistan. Il les a si mal conduites que la seconde apparaît perdue tandis que la première a considérablement renforcé l’Iran en voie de nucléarisation. Ces guerres ont creusé les déficits américains, occasionné d’innombrables pertes et causé d’effroyables destructions sans apporter le moindre bénéfice. Elles ont, au contraire, valu aux Etats-Unis, sur les cinq continents, une impopularité, voir une haine, qu’ils n’avaient jamais connues et, pire que tout, après la crise financière, c’est la récession qui attend, maintenant, l’Amérique. L’étonnant, dans ces conditions, serait que les Démocrates n’aient pas le vent en poupe, que l’alternance ne joue pas, mais ce n’est pas un simple changement de majorité que ce pays devrait vivre ce soir. C’est bien plutôt une révolution qui s’annonce. Au siècle passé, l’Amérique en avait connue trois – celle du New Deal et de l’Etat providence ; celle des années soixante, bataille pour les droits civiques, débuts du féminisme et libération sexuelle ; celle enfin du reaganisme, la « révolution conservatrice » qui avait proclamé que « l’Etat n’était pas la solution mais le problème », sans cesse réduit la redistribution par l’impôt et massivement diminué les aides sociales comme les investissements collectifs. Ce fut l’ère libérale mais, si le candidat démocrate est bel et bien élu ce soir, les nécessités du moment et le discrédit de cette période opèreront un tournant radical. Ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton et proche de Barack Obama, Robert Rubin exposait, hier, dans le New York Times, les mesures qui lui semblent s’imposer désormais. Il faut, disait-il, recourir au déficit budgétaire ; stimuler la demande par l’investissement public dans l’éducation, l’énergie, la santé ; revenir sur les réductions d’impôt accordées aux plus riches ; permettre aux syndicats de négocier d’égal à égal avec les entreprises afin que les salariés reçoivent une part équitable de la croissance et admettre que la protection des travailleurs n’est pas du protectionnisme. C’est le retour à Keynes, un programme social-démocrate, de centre-gauche, et c’est celui que Barack Obama s’efforcerait d’appliquer dans une Amérique où même l’argent en admet, ou en entrevoir, la nécessité.

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