La page n’est pas tournée. Rien n’est déjà vraiment réglé. Sans doute y aura-t-il encore plus d’un rebondissement dans la journée mais Georges Papandréou est peut-être en train de réussir son pari car ce n’est pas sur un coup de tête mais avec une ambition claire qu’il avait annoncé ce projet de référendum qui a fait tant de vagues.

Pas plus eurosceptique qu’enclin à la dépression, pas plus lunatique que porté à se moquer des conséquences de ses actes, le Premier ministre grec avait voulu, lundi, placer l’opposition de droite, la presse, son propre parti, les syndicats et l’ensemble de ses concitoyens devant leurs responsabilités. « Que le peuple tranche, qu’il s’exprime et fasse son choix », avait-il dit par cette annonce car c’était là le seul moyen qui lui restait de faire sortir son pays d’une très dangereuse hypocrisie.

Alors que la majorité des Grecs et l’écrasante majorité de leurs élites intellectuelles, politiques et économiques considèrent, à tort ou à raison, mais considèrent que l’intérêt de la Grèce est de rester dans la monnaie unique, alors que le pays sait qu’il faut pour cela en passer par les conditions, bonnes ou mauvaises, d’assainissement budgétaire que l’unanimité des Etats de l’Union et le FMI ont mises à leur aide, chacun ou presque faisait comme si cette austérité n’était que le fruit de l’impéritie de Georges Papandréou.

Ce n’était pas seulement injuste puisque le Premier ministre est en fait obligé d’assumer les conséquences de la gestion de ses prédécesseurs. C’était surtout la voie du chaos car, en se refusant à admettre que c’était la sortie de l’Europe ou l’acceptation des conditions mises à son aide, la Grèce plongeait dans un déni de réalité encouragé par une opposition de droite qui voulait faire oublier qu’elle a provoqué cette crise. Il fallait donc, oui, demander au peuple de trancher puisque les élites politiques s’en gardaient et là, devant la perspective de ce référendum et d’une suspension de l’aide européenne, la droite a commencé – seulement commencé, on verra – d’envisager d’apporter les voix de ses députés à l’approbation du plan d’aide et d’aller, provisoirement, à ce gouvernement de salut public auquel l’appelait vainement Georges Papandréou.

Ca se jouera tard dans la nuit. Le Premier ministre devrait avoir à se sacrifier, et a déjà dit qu’il y était prêt, sur l’autel de cette union nationale mais si telle est bien l’issue, il aura réussi, en homme d’Etat, à faire prévaloir l’intérêt commun sur de trop confortables postures. Si telle est bien l’issue, tout est bien mais cette semaine grecque laisse un formidable malaise pour trois raisons.

L’impolitesse avec laquelle l’Allemagne et la France ont traité ce Premier ministre aura été aussi choquante que le déchaînement contre la Grèce dans trop de capitales européennes. La panique suscitée par ce référendum qui n’était nullement perdu d’avance a trahi une inquiétante peur des électeurs regardés comme incapables d’intelligence politique. Et surtout l’Allemagne et la France se sont conduites, là, en patrons et non pas en locomotive de l’Europe, justifiant ainsi toutes les craintes d’un condominium sur l’Union. Cela pourrait bien laisser des traces.

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