Tous deux à mi-mandat - le second pour l’un, le premier pour l’autre - Barack Obama et François Hollande ont des bilans économiques radicalement différents. Alors qu’en France la situation est ce que l’on sait, le chômage vient de tomber au-dessous des 6% aux Etats-Unis. La croissance y repart avec des taux de 3,5% au troisième trimestre et de 4,6% au deuxième. L’indice de confiance des consommateurs est à son plus haut depuis sept ans. Bref, ça va bien, beaucoup mieux en tout cas, pour les Américains même si leurs feuilles de paie restent beaucoup trop basses mais, politiquement parlant, les deux présidents sont en aussi piètre situation l’un que l’autre. A 40% de taux de popularité, Barack Obama n’est pas dans le sous-sol atteint par François Hollande mais outre que ce taux est considéré comme très faible aux Etats-Unis, il va presque certainement perdre les élections parlementaires d’aujourd’hui, sans aucun espoir de reprendre la Chambre des Représentants et avec un grand risque de voir le Sénat lui échapper. Alors question, comment comprendre qu’avec des taux de croissance et de chômage si différents, ces deux hommes tous deux si bien élus et accueillis soient aujourd’hui si mal aimés ? La première réponse est que, placés au sommet de l’Etat qu’ils incarnent par leur fonction, l’un et l’autre souffrent d’un discrédit de la politique commun à leurs deux pays. La montée des élus du Tea party parmi les Républicains entrave toute possibilité de compromis aux Etats-Unis. Tout est bloqué à Washington. Presque rien n’y avance et ce sont les deux grands partis et les institutions qui en souffrent, exactement comme les désarrois de la gauche et les divisions de la droite favorisent, en France, l’extrême-droite et un doute de plus en plus répandu sur la Constitution léguée par le général de Gaulle. La deuxième explication est que les nations française et américaine partagent une très haute idée d’elles-mêmes. L’une et l’autre continuent de se croire au cœur du monde, le guidant de leurs lumières et rayonnant sur les cinq continents alors que la fin de la Guerre froide et l’émergence de nouvelles puissances ont, en fait, considérablement réduit leur influence. Les Américains comme les Français s’en sentent déchus, perdus, et c’est à tort mais inévitablement qu’ils en tiennent leurs présidents pour responsables. Quant à la troisième explication de cette impopularité commune, elle est que ni Barack Obama ni François Hollande n’a su ou, sans doute, pu transcender ces malaises, ouvrir de nouveaux horizons et offrir une vision d’avenir à leurs concitoyens. On dira un jour qu’ils ont tout deux jetés les bases d’un redressement économique encore lointain en France et déjà perceptible aux Etats-Unis mais ils ont l’un et l’autre plus de patience et de foi dans la Raison que de cette indispensable capacité à changer la donne et prendre un virage historique qui définit l’homme d’Etat en temps de crise.

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