Prenons d’abord les faits, des nouvelles brutes tombées de Moscou dans la journée d’hier. La Russie, première chose, œuvre à organiser la semaine prochaine une rencontre entre des représentants du gouvernement syrien et des personnalités de l’opposition.

On ignore qui pourraient être ces personnalités mais vendredi dernier, lors de la réunion de Vienne sur la relance d’un processus de paix, les Russes avaient présenté une liste de 38 noms sur laquelle figuraient de vrais opposants, liés à cette insurrection armée qu’ils récusaient en bloc jusqu’à ces derniers jours. Cette rencontre, deuxième chose, sera précédée dès aujourd’hui par des entretiens entre le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et l’émissaire spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, l’homme auquel devrait revenir de jeter les bases du cessez-le-feu et du dialogue entre l’opposition et le régime, deux des objectifs définis par la réunion de Vienne. Selon la porte-parole de la diplomatie russe, troisième chose, la Russie ne considère pas, « absolument pas », que le maintien au pouvoir de Bachar al-Assad soit une « question de principe ». Et puis, quatrième nouvelle de la journée, l’armée russe a annoncé qu’elle aurait fait bombarder des « cibles terroristes » grâce à des informations données par « l’opposition syrienne ». On ne sait pas de quelle opposition il s’agirait. On sent bien une volonté de la Russied'en façonner une à sa main.Cela agace d'ailleurs les américains mais cette coordination est sans précédent. Ces glissements ne signifient malheureusement pas qu’un accord de paix soit pour demain. On n’en est pas là, et loin de là, mais le fait est que cette réunion de Vienne a changé la donne syrienne en dégageant des grands points d’accord entre les Etats-Unis, la Russie, l’Union européenne, l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Iran, entre l’ensemble des puissances sans lesquelles ce conflit ne pourrait pas être réglé. Ce fut dur et même violent sur la question de Bachar al-Assad qu’il a fallu laisser en suspens mais, outre qu’il y aura prochainement une troisième réunion de Vienne, l’idée s’est imposée d’un processus conduisant à des élections après un arrêt des combats et la définition d’arrangements constitutionnels garantissant la sécurité et la représentation politique des différentes communautés syriennes. Ce ne sont encore que des objectifs mais ils constituent désormais une feuille de route commune à laquelle les nouvelles tombées hier de Moscou donnent un début de mise en œuvre. Ce n’est pas rien et il suffit pour s’en convaincre de voir l’irritation avec laquelle le régime de Damas s’est insurgé, hier encore, contre le principe, retenu à Vienne, d’une participation des exilés syriens à de futures élections. Cette disposition pourrait bien sonner le glas de Bachar al-Assad dont la Russie parait insensiblement se distancer.

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