C’est une grande question, effleurée hier, seulement effleurée, par le deuxième débat des candidats à la primaire de la droite et du centre.

Dans la guerre qui ne fait que commencer entre chiites et sunnites, qui les démocraties occidentales, la France et les autres, doivent-elles soutenir ?

En termes moraux, il n’y a pas de réponse possible.

L’Iran et l’Arabie saoudite, les chefs de file des deux camps, ont des régimes également détestables. L’un et l’autre appliquent la peine de mort à tout va. Ni l’un ni l’autre n’ont de Justice indépendante. L’un et l’autre imposent le voile aux femmes. Absolue, la monarchie saoudienne peut faire ce que bon lui semble et, s’il y a des élections parlementaires et présidentielle en Iran, les institutions républicaines y sont si totalement soumises aux institutions cléricales que les électeurs ne peuvent que peser en faveur de l’un ou l’autre des courants du clergé – ce qui n’est pas rien mais peu.

En termes d’intérêts à long terme, en revanche, les choses sont plus claires.

D’un niveau culturel élevé grâce au développement d’Universités de très bon niveau où les femmes sont encore plus nombreuses que les hommes, la société iranienne est incroyablement moderne, voile ou pas, et parfaitement prête à la transition démocratique à laquelle elle aspire. Il n’en va pas du tout de même de l’Arabie saoudite, figée dans les traditions les plus rétrogrades et dénuée de toute culture politique. L’Iran a d’ores et déjà entrepris sa longue marche vers la démocratie alors que l’Arabie saoudite en est loin. Il y a, en Iran, une possibilité d’évolution pacifique du régime alors qu’un ébranlement de la monarchie ne serait, en Arabie, que le prélude à un bien incertain chaos et ce n’est pas tout.

Il y a, dans le chiisme, une tradition de lecture analytique des textes sacrés et des écoles religieuses concurrentes qui font souffler un vent de liberté critique sur ses fidèles. Le chiisme est en cela très proche du judaïsme et du protestantisme alors que le sunnisme et son littéralisme évoquent beaucoup plus le catholicisme des temps passés, celui de l’ânonnement de textes que les fidèles se doivent de connaître mais de ne surtout pas interroger.

Le chiisme et l’Iran sont plus prêts à la liberté et au monde moderne que ne le sont le sunnisme et l’Arabie saoudite. Ce n’est guère discutable mais tout le problème est qu’on n’y est pas. Non seulement l’Iran est toujours une théocratie mais c’est ce pays qui sème le trouble et la guerre au Proche-Orient car l’Iran veut redevenir ce qu’avait été l’ancienne Perse dont il est l’héritier, la puissance dominante de la région, alors que l’Arabie saoudite joue la stabilité régionale qui lui est naturellement profitable.

Entre l’Iran et l’Arabie, le choix est entre la sécurité à court terme et la modernité à long ou moyen terme. C’est pour cela que les Occidentaux restent fidèles à leur alliance avec Riad tout en ménageant Téhéran. Plus qu’une politique, c’est une prudence, pas bien glorieuse, mais que faire d’autre ?

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