Le Président français emmène dans son voyage une ministre allemande et un Commissaire européen : l'Europe doit parler d'une voix à la Chine pour exister entre Pékin et Washington, et défendre ses intérêts. Pendant dix ans, la Chine a profité des divisions de l'Europe.

 Xi Jinping, Emmanuel Macron et Angela Merkel réunis à l’Élysée le 26 mars 2019, un premier pas vers l’européanisation de la relation avec la Chine
Xi Jinping, Emmanuel Macron et Angela Merkel réunis à l’Élysée le 26 mars 2019, un premier pas vers l’européanisation de la relation avec la Chine © AFP / Julien Mattia / ANADOLU AGENCY

Il y a deux passagers inattendus dans la délégation d’Emmanuel Macron : une ministre allemande et un Commissaire européen. Les visites présidentielles sont d’ordinaire des événements bilatéraux, on se rend dans un pays, en particulier la Chine, pour signer des contrats, défendre des dossiers. 

Mais, de plus en plus, la relation avec le géant chinois s’européanise - la seule manière de peser face à la deuxième puissance mondiale et ses 1,4 milliards d’habitants, dirigée de manière hyper-centralisée par le Secrétaire Général du Parti communiste, Xi Jinping.

En mars dernier, lors de sa visite en France, le numéro un chinois avait eu la surprise de se voir proposer une rencontre à l’Élysée avec Emmanuel Macron, et à ses côtés la Chancelière Angela Merkel et le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. C’était une première, un signal qui a été parfaitement reçu à Pékin. D’autant que quelques jours plus tôt, la Commission de Bruxelles avait publié un document politique dans lequel Pékin était décrit comme un « rival systémique ». L’expression avait surpris.

C’est un virage important, un début après une décennie et plus, durant laquelle la Chine avait profité des contradictions européennes pour faire son marché sur le continent. Elle avait développé un dialogue privilégié avec un groupe de pays d’Europe de l’Est et du Sud, baptisé « 16 + 1 », le « 1 » étant la Chine et ses financements. 

Il y a eu la prise de conscience dans plusieurs pays du risque de dépeçage de l’Europe par une puissance émergente vorace. L’Allemagne a eu un choc lors du rachat d’un de ses fleurons de la robotique par une entreprise chinoise en 2016, alors que la réciproque serait tout bonnement impossible en Chine.

La France et l’Allemagne sont aujourd’hui sur la même longueur d’onde pour européaniser la relation à la Chine. L’année prochaine, lors de la présidence allemande de l’Union européenne, Angela Merkel organisera un sommet des « 27 » avec le Président chinois, une première là-encore, dans la foulée de l’initiative lancée en mars à Paris.

Malgré ses contradictions, l’Europe commence enfin à comprendre que si elle veut exister dans un monde dominé par les géants américain et chinois, elle doit défendre ses intérêts communs. La guerre commerciale sino-américaine est là pour nous le rappeler, l’Europe doit se méfier de ne pas être la victime collatérale des accords qui pourraient être conclus entre Washington et Pékin.

Au cours de sa visite, Emmanuel Macron est donc accompagné par une ministre allemande, alors que la France est l’invitée d’honneur de la foire des importations chinoises à Shanghai. Une manière de montrer que si les entreprises européennes restent concurrentes pour vendre leurs produits, les pays parlent d’une voix sur les questions-clé des règles commerciales ou de la propriété intellectuelle. 

Récemment le président allemand Frank-Walter Steinmeier soulignait que l’Europe était composée de petits pays qui se savent petits, et de petits pays qui se croient grands. Face à la Chine, nous sommes tous petits, en effet, à moins de parler d’une seule voix.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.