Guerre ou paix en Irak, on ne sait pas. On le sait même de moins en moins car plus s’affirme la volonté américaine d’opérer un « changement de régime » à Bagdad plus s’expriment, parallèlement, les réticences du reste du monde mais sans que quiconque, notamment pas l’Europe, ne sache faire contrepoids aux Etats-Unis en fédérant ces oppositions. L’Amérique, dans ce bras de fer, est aussi isolée que puissante, aussi déterminée que freinée par ses propres amis et alliés, France en tête. Bien au-delà de Saddam, un pouvoir sans égal tente là de modifier les règles du jeu international, de le faire à son profit, au nom de l’« exception américaine », d’imposer en un mot sa suzeraineté sur le monde. C’est une situation sans précédent, pas plus dans l’Histoire moderne que dans l’ancienne, mais dans cette confusion d’un siècle commençant il y a, pourtant, une certitude. Guerre ou paix, que Saddam (c’est le plus probable) ait un successeur ou qu'il désarme reste, au contraire, en place et obtienne une levée des sanctions internationales, l’Irak va maintenant sortir de sa quarantaine. Or qu’il en sorte éclaté entre ses composantes chiite, kurde et sunnite, qu’un pouvoir fort, scénario inverse, réunifie le pays ou que le chaos s’installe durablement, cela va, de toute manière, accélérer les changements en cours au Proche-Orient. Car dans toute la région, tout bouge ou va bouger. Après bientôt un quart de siècle de révolution islamiste, l’Iran, d’abord, marche à grands pas vers l’implosion, divisé entre un pouvoir religieux disposant de tout l’appareil répressif et un pouvoir politique réformateur, soutenu par les trois quarts de la population et aspirant à l’ouverture. Dernière bataille en date, le Parlement a organisé et fait publier un sondage montrant qu’une écrasante majorité des Iraniens souhaitaient un rapprochement avec les Etats-Unis. Les sondeurs sont inculpés, accusés d’intelligence avec l’ennemi. Les conservateurs ont aussitôt fait publier un autre sondage, démenti du premier, mais c’est dit. Elus et population, l’Iran veut passer à l’Ouest et avec une majorité chiite en Irak, chiite comme le sont les Iraniens, le chiisme pourrait bien devenir une carte et non plus l’épouvantail des Américains. A l’Ouest, les Turcs ne bougent pas moins. Ils font, eux, le forcing pour que l’Union européenne accepte leur candidature et cèdent si bien aux conditions mises par l’Europe qu’il n’est plus impossible qu’ils y parviennent. Sous dix ou quinze ans, le seul pays laïc du monde musulman, le seul avec l’Irak, pourrait rejoindre l’Europe et la seule amorce de ce mouvement modifierait tout le rapport de l’Islam et de l’Occident. Et puis, enfin, la Palestine. Là-bas également il y a du changement dans l’air car un vent d’autocritique souffle chez les Palestiniens. Le retour à la violence d’il y a deux ans est de plus en plus ouvertement analysé comme une immense erreur. Des voix de plus en plus nombreuses prônent la non-violence et le compromis. C’est toute la donne régionale qui se modifie et l’Irak, guerre ou paix, va précipiter ces évolutions.

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