Ce n’est que la convergence de deux crises mais le fait est là. Entre l’actuel blocage des négociations sur le nucléaire iranien et l’annonce d’un prochain test nucléaire par les Nord-Coréens, le monde s’est dangereusement rapproché, hier, d’une dissémination exponentielle de l’arme atomique. Incontrôlable, le monde devient incontrôlé mais pourquoi ? La première raison en est, bien sûr, la fin de la Guerre froide dans la mesure où la bipolarisation organisait deux camps au sein desquels les deux superpuissances imposaient une relative discipline commandée par le rapport de forces qui s’était instaurée entre elles. Non seulement rien de tout cela n’est plus mais les innombrables conflits que la Guerre froide avait plus ou moins gelés sont violemment remontés à la surface. Nationalismes, antagonismes ethniques ou frustrations historiques et sociales du monde arabo-musulman, ils tiennent aujourd’hui le devant de la scène sans qu’aucun nouvel ordre international ne puisse les canaliser. La deuxième raison en est l’embourbement des Etats-Unis en Irak car cette aventure a fait perdre à l’Amérique beaucoup de ses capacités d’intervention et, plus encore, de sa crédibilité diplomatique. La troisième raison de cette instabilité tellement inquiétante est le retard pris par l’Europe à s’affirmer en puissance politique et militaire, non pas seulement à cause de sa panne institutionnelle mais à cause, avant tout, de ce qui a provoqué cette panne : les doutes et même le rejet suscités dans les opinions européennes par le manque de clarté de cette entreprise d’unification à la fois trop lente et trop rapide. Il y a un vide politique sur la scène internationale et c’est dans ce vide que des pays comme la Corée du Nord et l’Iran jouent leur carte nucléaire, l’une parce qu’un régime ubuesque veut à tout prix se survivre, l’autre parce qu’il veut être reconnu pour ce qu’il est déjà – la première puissance du Proche-Orient. Cela signifie-t-il que ces deux pays seraient à la veille de déclancher des guerres nucléaires ? Non. Ce n’est pas le cas pour la bonne raison qu’aucun des deux ne maîtrise déjà l’arme atomique et que ni l’un ni l’autre n’ont de pulsions suicidaires. Pour l’un et l’autre cette marche vers le nucléaire n’est qu’un instrument politique mais la situation qui se crée n’en est pas moins terrifiante. Avant même l’annonce de ce futur test nord-coréen, le nouveau Premier ministre japonais ne faisait guère mystère de sa volonté de faire de son pays une puissance nucléaire. Il y est plus que jamais déterminé depuis hier. Cela pourrait vite pousser la Corée du Sud à franchir ce pas qu’ont déjà fait l’Inde et le Pakistan. L’Asie de toutes les rivalités pourrait ainsi devenir bientôt une poudrière atomique. Pire encore, la situation est la même au Proche-Orient où la nucléarisation de l’Iran aurait tôt fait d’entraîner celle de l’Egypte, de la Turquie et de l’Arabie saoudite. La scène internationale se transforme, totalement et pour le pire.

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