Comme l’Irlande il y a si peu de temps encore, la Pologne était un pays où personne n’aurait même jamais pensé à contester la hiérarchie catholique. Aussi conservatrice, traditionnaliste et même réactionnaire que soit la Conférence épiscopale polonaise, l’Eglise bénéficiait dans ce pays d’une déférence absolue parce que c’est le catholicisme qui a défini et préservé l’identité polonaise face au protestantisme allemand et à l’orthodoxie russe et que ses paroisses ont été, sous le communisme, les seuls lieux où pouvaient se manifester, par la seule affluence aux messes, une opposition au régime imposé par l’URSS.

Encore grandi par l’aura personnelle de Jean-Paul II, le pape polonais, le prestige de l’Eglise était donc difficilement contestable en Pologne mais voilà qu’un parti se définissant lui-même comme anticlérical devrait y faire dimanche son entrée au Parlement. Si les sondages disent vrai, le Mouvement de soutien à Palikot, du nom de son fondateur Janusz Palikot, devrait recueillir les 5% de voix nécessaire à l’obtention de sièges et même flirter avec les 9% , ce qui en ferait beaucoup plus qu’un phénomène marginal.

Pour la Pologne, c’est une révolution culturelle, un changement d’époque mais que la seule observation des rues et des terrasses des grandes villes permet de comprendre. En deux décennies de démocratie et d’économie de marché, une nouvelle génération polonaise est arrivée à l’âge mûr, lasse de la geste nationale, en tous points semblable aux trentenaires et quadragénaires des autres pays européens, beaucoup moins pratiquante et même croyante que ses aînés, libre de mœurs et donc favorable à l’union libre, à l’interruption de grossesse et aux droits des homosexuels.

Pour ces jeunes Polonais qui se vivent comme Européens le conservatisme de l’Eglise et ses constantes ingérences dans la vie politique sont devenus insupportables. Ils veulent que la laïcité ne soit plus un vain mot, que la Pologne rompe avec son nationalisme, soutienne l’intégration politique de l’Europe, entre dans la modernité sociale et non plus seulement économique et cet entrepreneur à succès, libéral et libertaire, qu’est Janusz Palikot ne peut donc que les séduire, y compris, surtout, lorsqu’il brandit un revolver et un godemiché sur un plateau de télévision pour dénoncer policier violeur.

Révolution générationnelle, la percée de son mouvement change le visage de la Pologne mais pourrait aussi constituer une révolution politique parce que la droite nationaliste du parti Droit et Justice talonne désormais, dans les intentions de vote, la majorité de centre droit sortante, la Plateforme civique, qui pourrait devoir faire appel à Janusz Palikot, l’un ses anciens députés, pour se maintenir au pouvoir en s’alliant avec lui. Cela on a encore peine à y croire. Des anticléricaux militants siégeant au gouvernement polonais, ce serait un peu comme le Vatican admettant le mariage des prêtres mais la Pologne, après tout, avait bien inventé le premier syndicat libre du monde communiste. On verra mais, à Varsovie, le suspens est grand.

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