Des troubles ont éclaté hier à Téhéran. Il n’est pas encore possible d’en mesurer l’ampleur car les correspondants étrangers accrédités en Iran ne peuvent pas y travailler librement et doivent recourir à des informations de seconde main sans pouvoir les vérifier par eux-mêmes mais il est établi qu’une opération de police contre des changeurs du marché libre a provoqué des manifestations suivies d’incendies et que la Bazar, le grand centre commercial de la capitale iranienne, avait baissé ses rideaux. Tout le reste est incertain. On ne sait pas s’il y eut 20 000 manifestants comme le disent des sites de l’opposition ou beaucoup moins comme cela semble – mais qui sait ? – plus probable. On ne sait pas si les slogans lancés étaient aussi politiques que le rapportent plusieurs sources selon lesquelles les manifestants auraient scandé « Honte sur toi, Mahmoud ! » (Mahmoud Ahmadinejad, le président de la République), « Nous sommes le peuple, pas les voyous ! », « N'ayez pas peur! Nous sommes tous ensemble!", le slogan des grandes manifestations de l’été 2009, et aussi, bien plus frappant encore, « L’énergie nucléaire, nous n'en voulons pas ! » et « Oublie la Syrie, pense à nous ! ». Le fait est, pourtant, que certains de ces slogans, notamment sur la Syrie, s’entendent sur des vidéos postées par l’opposition et que, si l’on ne peut pas affirmer que le Bazar s’est mis en grève, plusieurs de ses commerçants ont déclaré ne pas pouvoir ouvrir car ils étaient dans l’impossibilité de fixer leurs prix tant est grande l’instabilité de la monnaie iranienne. En huit jours, le taux de change est passé de 22 000 à 34 000 rials pour un dollar après avoir reculé de 60% depuis le début de l’année. La monnaie iranienne s’écroule dans ce qui est à l’évidence une panique générale car, particuliers et entreprises, les Iraniens n’ont plus aucune confiance dans leur économie, gravement ébranlée par un cocktail de sanctions internationales, américaines et européennes. Loin d’être inefficaces, ces sanctions qui frappent maintenant les exportations de pétrole, la première ressource du pays, ont paralysé les échanges extérieurs de la République islamique, asséché ses réserves de devises et provoqué une inflation qui atteint officiellement 25% mais le double en fait à voir l’envolée des prix sur les marchés. L’économie iranienne est désormais en faillite. Les salaires sont payés avec retard. Le mécontentement devient général parce que le niveau de vie régresse au même rythme que le chiffre d’affaires des entreprises. Une colère sociale s’ajoute ainsi au rejet politique d’un pouvoir auquel beaucoup d’Iraniens reprochent désormais de financer à grands frais la répression en Syrie et d’avoir provoqué ces sanctions en voulant se doter d’armes atomiques. A ce stade, le régime peut faire face mais, outre que cette colère populaire grandit décidemment vite les divisions et le désarroi sont tangibles au sommet de la théocratie où les conservateurs se déchirent sur la conduite à suivre. Rien ne va plus à Téhéran et cette crise n’est pas près de se résoudre.

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