Il y a désormais deux G-8. Il y a, d’un côté ce groupe des huit plus grandes puissances mondiales et, de l’autre, un groupe de huit cardinaux, des hommes venus des cinq continents que le pape François a chargés de l’aider à réfléchir aux nécessaires évolutions du catholicisme.

Il y a, autrement dit, le G-8 des riches et le G-8 de la foi et c’est naturellement le second que le pape emmène aujourd’hui à Assisse, la ville du saint dont il a pris le nom, d’un saint qui fascine presque autant les croyants que les non-croyants pour avoir fait le choix de la pauvreté alors qu’il était un riche héritier, pour avoir, vainement mais tout de même, rappelé l’Eglise à son devoir d’être pauvre parmi les pauvres et avoir cultivé, aussi, un rapport d’intimité et de respect avec la nature, considérée comme un don de la création.

Ce choix du nom de François par le nouveau pape était évidemment tout sauf neutre. Outre qu’il lui permettait de s’appeler François tout court et de marquer ainsi un nouveau départ puisqu’aucun de ses prédécesseurs ne s’était appelé ainsi, il annonçait un choix fondamental en faveur de la compassion pour les plus faibles que le nouveau pape avait immédiatement exprimé en refusant d’occuper les appartements que le Vatican réserve aux souverains pontifes.

C’est une révolution que l’Eglise entame avec ce pape, mais une révolution au sens propre, une complète rotation sur elle-même qui la ramène à ses origines et veut la réinscrire dans ses premiers siècles, lorsqu’encore loin de la puissance temporelle qu’elle eut si longtemps, elle n’était que fidélité à l’enseignement du Christ, à la charité et l’amour du prochain. Quand François déclare que « le libéralisme sauvage rend les forts plus forts, les faibles plus faibles et les exclus plus exclus », on pourrait croire à une rupture, mais non.

Non seulement ce n’est qu’un retour aux sources mais ce pape argentin ne fait que reprendre là l’un des deux legs de Jean-Paul II qui avait, à la fois, incarné le rappel aux dogmes, à l’identité et à la morale catholiques et, sitôt, que le communisme se fut effondré, une pressante dénonciation du règne de l’argent et de son injustice. A sa mort, le concile avait opté pour le premier de ces deux legs. C’et pour cela qu’il avait choisi pour lui succéder le conservateur que fut Benoît XVI mais cette voie était tellement sans issue, si peu adaptée aux besoins d’un monde dominé par le veau d’or, que Benoît XVI a su démissionner pour le bien de l’Eglise et laisser la place à un cardinal venu de l’un des ces continents, l’Amérique latine en l’occurrence, où le catholicisme a ses plus gros bataillons et où la justice sociale est une impérieuse exigence.

Il ne faut pas s’y tromper. François n’approuvera ni l’avortement, ni le divorce, ni le mariage homosexuel mais il cessera de condamner jour après jour, obsessionnellement, ce qu’il n’approuve pas et, plutôt que d’épuiser l’Eglise à vouloir défendre un ordre moral qu’elle n’a plus les moyens d’imposer, il tendra la main à tous les hommes de bonne volonté sans les juger mais en prêchant l’exemple par sa renonciation aux fastes et sa défense des exclus. L’Eglise catholique veut redevenir celle du Christ et il n’y aurait pas plus de raison de s’en inquiéter pour elle que de le déplorer.

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