Un référendum est organisé ce weekend en Roumanie pour inscrire dans la constitution le fait qu’un mariage soit nécessairement entre un homme et une femme, alors que la formulation actuelle est neutre.

Manifestation à Bucarest en février 2018 contre un film accusé de faire la « promotion de l’homosexualité ». Un homme tient un panneau : « LGBT = fondamentalisme marxiste dégénéré ».
Manifestation à Bucarest en février 2018 contre un film accusé de faire la « promotion de l’homosexualité ». Un homme tient un panneau : « LGBT = fondamentalisme marxiste dégénéré ». © AFP / Daniel MIHAILESCU / AFP

Avec ce référendum sur la définition du couple, c’est le mariage pour tous à l’envers. La réponse devrait être positive, bloquant ainsi pour longtemps toute possibilité d’adopter le mariage entre personnes de même sexe dans ce pays membre de l’Union européenne. 

La seule incertitude porte sur la participation, qui doit être au minimum de 30% pour être valable. Plusieurs organisations de la société civile appellent d’ailleurs au boycott du scrutin.

Cette consultation est le fruit d’une initiative populaire ayant recueilli trois millions de signatures, alors qu’il en suffisait de cinq cent mille pour organiser un référendum. 

La campagne électorale a donné lieu à une détestable surenchère. Un des plus grands journaux roumains a titré « Le nouvel ordre LGBT » avec une photo de milicien nazi en uniforme noir. Des chaînes de mails prévenaient que si le mariage était approuvé, les couples gay viendraient prendre vos enfants…

La « coalition pour la famille », c’est le nom du groupe à l’origine du vote, est soutenue par la puissante église orthodoxe, mais aussi par le Parti social-démocrate au pouvoir, très contesté pour des affaires de corruption, et qui en espère un bénéfice politique aux prochaines élections.

Une majorité des 28 membres de l’UE reconnait désormais le mariage ou une union civile pour tous. La Roumanie est l’un des seuls pays qui, non seulement va dans l’autre sens, mais ne reconnait même pas les unions réalisées à l’étranger. 

Même si, sur ce point, elle risque d’y être contrainte par un récent arrêt de la Cour européenne de justice. Mais la Cour laisse à chaque Etat-membre le droit d’autoriser ou pas ces unions dans sa législation nationale.

Quand on regarde la carte du continent, on ne peut pas manquer d’être frappé par la différence entre une Europe de l’Ouest qui a largement légalisé le mariage, et un dégradé quand on va vers l’Est, jusqu’à cette interdiction de fait qui se profile en Roumanie.

Le poids de la religion n’est évidemment pas le même d’un bout à l’autre de l’Europe. En particulier celui de l’orthodoxie qui reste très fort, et agit dans beaucoup de pays comme une force conservatrice.

La place de l’homosexualité est devenue un marqueur de différences entre les sociétés, voire même entre systèmes politiques. Si on va un peu plus à l’Est, Vladimir Poutine cite souvent l’homosexualité comme le signe, à ses yeux, de la décadence de l’Occident, et il ne fait pas bon d’appartenir à la communauté LGBT en Russie.

En Roumanie, on n’en est pas là, mais les activistes redoutent que ce référendum ne renforce l’homophobie. Dans les grandes villes, la société civile est active et dynamique. Mais dans le reste du pays, rural à près de 50% et vidé de ses forces vives par une émigration massive, le poids des traditions est plus fort, renforcé par une église orthodoxe qui a peur de l’Europe aujourd’hui, comme elle avait peur du communisme hier.

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