Il y a beaucoup de points communs entre Américains et Européens mais sur la place que les Etats-Unis et l’Europe doivent occuper dans le monde, sur leur rôle respectif, la divergence est totale. Seuls 14% des Européens estiment que les Etats-Unis devraient continuer d’être la seule superpuissance alors que 52% des Américains le pensent. Les deux tiers des Européens à l’inverse, 65% d’entre eux exactement, souhaitent que l’Union acquière le même poids et la même influence que les Etats-Unis, devienne l’autre superpuissance à l’égale de l’Amérique – souhait que ne partagent qu’un tiers des Américains. Les uns doncveulent garder le monopole de la puissance, les autres la partager et, plus frappant encore, parmi cette majorité d’Européens aspirant au statut de superpuissance pour l’Union, on en trouve plus de la moitié, 54%, qui seraient prêts à accepter pour cela une augmentation des dépenses militaires européennes, condition sine qua non d’un plus grand poids politique de l’Europe dans le monde et, d’abord, vis-à-vis des Américains. Cela ne veut pour autant pas dire que cette majorité d’Européens soit hostile aux Etats-Unis. Seuls 10% d’entre eux voudraient entrer en compétition avec les Américains contre 86% qui veulent, au contraire, que l’Union soit l’égale de l’Amérique pour pouvoir coopérer avec elle dans la gestion des problèmes internationaux – ambition qu’ils partagent à des pourcentages très semblables en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Mais alors question : une Union européenne et des Etats-Unis d’égale puissance pourraient-ils ou non agir un jour de concert ? A voir ce sondage publié par le German Marshall Fund et le Council on foreign relations de Chicago, c’est plutôt oui mais avec de sérieuses nuances. Sur l’Irak, Américains et Européens sont très proches mais également éloigné de l’actuelle position de la Maison-Blanche. Seules des minorités, 26% d’Européens, 13% d’Américains, seraient opposées, dans tous les cas, à une opération contre Bagdad mais 60% des Européens et 65% des Américains estiment que les Etats-Unis ne pourraient s’attaquer à Saddam Hussein qu’avec l’approbation des Nations-Unies. Européens et Américains, on le voit à bien d’autres réponses, sont à la fois interventionnistes (contre le terrorisme ou pour raisons humanitaires) et très attachés à toutes les organisations de concertation internationale, Onu en tête. Cela fait de grands points d’accord mais 56% des Américains contre 19% d’Européens craignent la montée en puissance de la Chine, les Américains sont nettement plus chaleureux que les Européens à l’égard des Russes et d’Israël et nettement plus apeurés que nous par l’immigration et le fondamentalisme musulman. En un mot, on craint plus aux Etats-Unis qu’en Europe les autres et la concurrence. Les Européens, en d’autres termes, craignent moins que les Américains le polycentrisme et la diversité du monde. On en revient à la question centrale : une seule ou plusieurs puissances.

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