Elie Barnavi n’est pas seulement l’ancien ambassadeur d’Israël en France. Dans son pays, cet historien est aussi l’un des plus ardents militants du camp de la paix et c’est à ce titre qu’il défend cette semaine, dans Marianne, une idée qui fait son chemin. Il n’y a plus d’espoirs à placer, dit-il, dans la feuille de route, le plan international grâce auquel Georges Bush se faisait fort d’aboutir, en 2005, en moins de deux ans, à la création d’un Etat palestinien coexistant avec Israël. Ce constat, chacun peut malheureusement le faire au quotidien, sur le terrain, en voyant cette sanglante reprise du cycle attentats, représailles, attentats mais Elie Barnavie ajoute à ces faits deux explications de fond. La première est qu’il n’existe plus « d’autorité palestinienne capable d’imposer sa volonté aux groupes armés dissidents » et qu’en rêver relève du « fantasme ». La seconde est qu’il aurait fallu pour que le Premier ministre palestinien, Mahmoud Abbas, puisse isoler le Hamas et le Jihad que son peuple ait le sentiment d’avoir gagné « quelque chose », qu’il voie la situation évoluer, que le gouvernement israélien ait, autrement, dit, décidé pour cela de « libérer des milliers de prisonniers d’un coup, d’alléger la présence militaire dans les Territoires et d’accepter, un certain temps, une violence résiduelle ». Ca n’a pas été le cas. Ariel Sharon a, au contraire, continué d’exiger, avant tout geste, le démantèlement des groupes terroristes et cet arrêt total des violences qu’aucun dirigeant palestinien ne peut, dans ces conditions, garantir. On connaît le résultat. Ces deux réalités ont tué la feuille de route. C’est le retour à la case départ et Elie Barnavi considère, donc, désormais que la seule solution envisageable serait la mise sous tutelle internationale des Territoires palestiniens, l’envoi d’une force de l’Onu capable, à la fois, de garantir la sécurité aux Israéliens et de permettre aux Palestiniens de se construire un début d’Etat, de reconstruire, avant tout, leur société. Il faut, dit-il, « tordre le bras aux deux parties, israélienne et palestinienne, et cela ne peut se faire que dans la légalité internationale ». Une vue de l’esprit ? Oui, aujourd’hui, c’en est une car, avec la crise irakienne sur les bras, le monde n’entreprendrait pas cela et que l’actuel gouvernement israélien ne voudrait jamais entendre parler d’une solution de ce type. Pour l’heure, c’est une utopie mais si cette idée fait pourtant son chemin, non seulement dans le camp de la paix mais dans beaucoup de chancelleries aussi, c’est que personne ne peut se résigner au suicide commun dans lequel s’enfoncent ces deux peuples. C’est précisément parce que la situation est bloquée qu’il faut faire preuve d’imagination, se projeter dans l’avenir, ouvrir un horizon. Il y en a un là car l’objectif est clair, toujours le même, deux Etats pour deux peuples dans les frontières de 1967. Hors de cela, point de salut, pour personne, mais puisqu’il est maintenant avéré, depuis dix ans, qu’on n’y parvient pas par le dialogue bilatéral, sans doute faudra-t-il, en effet, tordre le bras aux deux parties, à ces deux nations, pour les faire arriver là où elle le souhaitent – à la paix.

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