En un seul été, bien des certitudes se sont envolées et le monde a changé. Réputé invincible, Israël a perdu une guerre qu’il avait cru gagner en trois jours. Face à une violation de son territoire par le Hezbollah, à la mort de huit de ses soldats et à l’enlèvement de deux autres, Israël avait cru, dur comme fer, que ses bombardements auraient vite raison des capacités militaires de la milice chiite et que ses frappes sur l’aéroport de Beyrouth intimideraient assez le gouvernement libanais pour qu’il achève de la mettre au pas. Les capitales sunnites se réjouissaient d’avance du coup d’arrêt qui allait être donné à ce mouvement armé et instrumentalisé par l’Iran chiite mais, un mois plus tard, à la veille du cessez-le-feu, le Hezbollah tirait encore deux cent roquettes sur Israël qui avait découvert, entre temps, que son adversaire disposait des armes anti-chars les plus modernes, de systèmes de brouillage et de combattants remarquablement bien formés. Après avoir vainement ravagé le Liban, Israël a perdu cette guerre et l’a perdue face à l’Iran dont le prestige en a été décuplé dans l’ensemble des populations de la région, sunnites et chiites. De l’Egypte à l’Arabie saoudite, les régimes arabes sunnites en sont encore plus affaiblis. L’idée que la violence, le radicalisme et le ciment religieux payaient s’est encore plus enracinée au Proche-Orient où rampe maintenant, une révolution. Jacques Chirac n’avait pas tort de parler, lundi dernier, d’un danger de « divorce » entre l’Islam et l’Occident. Désormais il menace bel et bien mais, dans cette crise, troisième changement, l’Europe a ressuscité. Embourbés en Irak et bien trop haïs dans la région pour pouvoir même penser à s’interposer, les Etats-Unis ont du se résigner à laisser l’Union prendre pied au Proche-Orient, en bloc, unie comme rarement, à la voir former l’épine dorsale des troupes de l’Onu et à l’entendre, surtout, formuler une politique commune. Militairement et politiquement en première ligne, cette Union européenne qu’on disait pour longtemps morte prouve non seulement qu’elle est indispensable à la stabilité du monde mais s’emploie, aussi, à relancer le processus de paix israélo-palestinien et à épuiser, parallèlement, toutes les voies de négociation possibles sur le nucléaire iranien. Alors qu’on se déchire à la Maison-Blanche, alors que l’Amérique ne sait plus comment sortir de l’impasse à laquelle l’aventure irakienne l’a conduite, l’Europe est sur tous les fronts. C’est la bonne nouvelle d’un été noir mais l’Union peut-elle enrayer la spirale du chaos ? La seule certitude est que ce n’est pas certain mais le fait est que les Palestiniens, Hamas et Fatah, négocient, en ce moment, la formation d’un gouvernement d’union nationale. S’ils y parvenaient, ce pourrait être le prélude à une détente israélo-palestinienne qui faciliterait un compromis avec l’Iran en réduisant ses marges de manœuvre régionale. Cette année, l’actualité internationale sera lourde, extrêmement lourde.

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