Le Président, dit la Maison-Blanche, voulait se rendre compte de la situation sur le terrain. On ne sait pas ce qu’il aura pu en percevoir en six heures de temps, entièrement passées à l’abri d’une base américaine, mais on voit bien en revanche l’intérêt qu’il y avait pour lui à aller se faire applaudir en chemisette par des soldats qui lui ont affirmé (« Yes, Sir ! ») que le moral était bon car rien ne va plus pour Georges Bush. En janvier dernier, quand le Congrès, la presse et l’opinion réclamaient déjà une redéfinition de sa politique irakienne, il avait décidé d’envoyer des renforts à Bagdad. Il s’agissait, disait son entourage, de faire baisser le nombre des attentats pour permettre aux élus des communautés kurde, sunnite et chiite de s’entendre sur des mesures susceptibles de faire baisser la tension. Huit mois ont passé. Les attentats sont plus sanglants et quotidiens que jamais et ce n’est qu’aujourd’hui, après s’être octroyé des vacances, que les députés irakiens commencent d’examiner les projets de loi sur la répartition des revenus pétroliers entre les trois communautés et la réintégration des fonctionnaires et militaires de l’ancien régime que Paul Bremer, le premier administrateur américain, avait eu l’idée lumineuse de licencier en bloc et de jeter ainsi dans la lutte armée. Aucun de ces projets ne fait l’unanimité à Bagdad tant tout le monde s’y méfie de tout le monde. Bien trop tardifs, les renforts de la Maison-Blanche n’ont servi à rien et, tandis que le Congrès, ce même mardi, reprend ses travaux pour une série d’auditions sur l’Irak, Georges Bush fait maintenant face à 60% d’Américains qui estiment qu’il a failli, à des Démocrates majoritaires et vent debout et jusque dans son entourage, à des Républicains qui, quittent le navire en masse. L’Amérique veut imposer un rappel des troupes à son Président. C’est pour cela que Georges Bush est allé dénoncer, au milieu des boys, « la nervosité des politiciens de Washington ». ça ne peut pas lui faire de mal tant le patriotisme et le drapeau sont des valeurs sûres aux Etats-Unis. Certains des sénateurs et représentants en adouciront peut-être leurs discours des jours à venir mais on n’en est, en réalité plus là, car ce débat est largement vain. En Europe comme aux Etats-Unis, beaucoup pensent que seul un retrait américain forcerait les Irakiens à s’entendre par crainte d’un chaos encore plus grand. Cela paraît logique. La présence américaine n’arrange, en tout cas, rien mais un rappel des troupes pourrait tout aussi bien régionaliser plus encore le conflit en laissant face à face l’Iran, soutien des chiites, et l’Arabie saoudite, soutien des sunnites, qui ne veulent, ni l’un ni l’autre, laisser l’autre étendre son influence en Irak. Le monde ne sortira pas de ce bourbier sans qu’un accord international n’ait défini un nouvel équilibre régional. Condoleezza Rice l’a compris mais Georges Bush s’habitue si lentement et si peu à l’idée d’ouvrir des négociations avec Téhéran qu’en attendant, tout empire.

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