Du Caucase au Proche-Orient, il est sur tous les fronts. A Damas depuis hier, lundi dernier à Bruxelles, pour le Conseil européen sur la crise géorgienne, lundi prochain à Moscou et Tbilissi, pour le même dossier, Nicolas Sarkozy a, aujourd’hui, des airs de pompier volant dans un monde en feu. C’est affaire de tempérament, la marque d’un homme qui a quinze idées par jour, bonnes ou mauvaises, et que rien n’empêchera, jamais, de vouloir immédiatement les transformer en actions. Cela tient également à un hasard qui le sert et dont il sait user, à cette règle européenne qui donne à tour de rôle, chaque six mois, la présidence de l’Union à chacun des Etats membres et qui l’a fait revenir, ce semestre, à la France dans une période où tout bouge. C’est un moment sur mesures pour un président qui a toujours dit son ambition de remettre, ou placer, la France au premier rang de la scène mondiale. Ces raisons comptent et pèsent mais elles n’expliquent pas, à elles seules, cette omniprésence internationale du président français. Si Nicolas Sarkozy a un tel espace devant lui, s’il est l'interlocuteur de Moscou dans l’affaire géorgienne, si Bachar al-Assad, le président syrien, lui demande d’être un grand témoin des négociations indirectes qu’il a rouvertes avec Israël et lui promet de tenter de rétablir la confiance entre les grandes puissances et l’Iran, si la France occupe aujourd’hui tant de place, c’est avant tout que les Etats-Unis sont aux abonnés absents. Ce n’est pas seulement qu’ils soient en campagne électorale, que leurs déficits aient atteint des niveaux record, que plusieurs de leurs plus grandes banques soient menacées et leur économie mal en point. Une Amérique plus vigoureuse serait certainement plus présente mais ce qui la paralyse, c’est avant tout le désastreux bilan diplomatique de son président sortant qui l’a embourbée en Irak, l’a mise en mauvaise posture en Afghanistan, lui a fait défier la Russie sans en avoir les moyens et coupé les ponts avec des pays comme la Syrie et l’Iran avec lesquels il faudrait, au contraire, chercher un équilibre pour en trouver un au Proche-Orient. McCain ou Obama, l’arrivée d’un nouvel homme à la Maison-Blanche devrait changer les choses mais, outre qu’il y faudra du temps, la politique a horreur du vide et, en attendant, la France l’occupe, servie par tout et son contraire. Dans un incroyable paradoxe, la France bénéficie, là, tout à la fois de cet héritage gaulliste avec lequel Nicolas Sarkozy voulait rompre – de la politique arabe et des relations privilégiées avec Moscou – et de ce qu’il a fait pour amorcer cette rupture : l’annonce du retour dans le commandement intégré de l’Otan, le grand chant d’amour aux Etats-Unis et la pleine réconciliation avec Israël. Sans le passé, Nicolas Sarkozy ne serait pas si bien reçu à Damas et Moscou. Sans le présent, les Etats-Unis lui mettraient beaucoup plus de bâtons dans les roues alors qu’ils ne font, là, qu’observer un ami, certes bien actif mais de confiance. Ce paradoxe ne dessert pas la France.

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