Cette élection est contestée, elle est également contestable, mais ce n’est pas le plus grave. Derrière les troubles, jusqu'ici relatifs, qui ont éclaté au Gabon après la proclamation des résultats de la présidentielle, on retrouve trois problèmes, bien plus profonds et largement communs à l’Afrique noire. Le premier est celui des frontières. Héritées des temps coloniaux, dessinées par les puissances européennes en fonction de leurs intérêts, de leur rivalités et, surtout, de leur volonté de diviser pour régner, les frontières nationales de l’Afrique subsaharienne englobent des peuples aux identités, aux histoires et aux langues différentes. Il s’agit de peuples, même si l’on parle d’ethnies, qui sont non seulement unis par un sentiment d’appartenance mais son dispersés entre plusieurs Etats qui ne sont en rien des Etats nations et restent très artificiels malgré leurs nombreuses décennies d’existence. Toute bonne carte du Gabon montre ainsi que les Fang, majoritaires dans ce pays et surtout présents dans le Nord Ouest le sont aussi en Guinée Equatoriale, tandis que les Téké, au Sud Est, peuplent également le Congo et le Zaïre dont la colonisation puis la décolonisation ont fait des citoyens. Ali Bongo, le candidat dont la victoire a suscité ces troubles, est un Téké. L’un des ses adversaires était un Fang. L’autre, un Punu, peuple dont les masques sont si réputés. La colère qui a éclaté hier tient, bien sûr, aux soupçons de fraude et à l’élection du fils après plus de quarante ans de pouvoir du père mais, même si cela se dit moins, il est très mal supporté que les Téké minoritaires soient en train de créer une dynastie présidentielle. Le deuxième problème est que la décolonisation, et pas seulement en Afrique noire, a trop souvent laissé le pouvoir à des partis uniques ou des présidents indéracinables qui ont pris seuls les commandes à la faveur du vide politique créé par les colonisateurs. Les partis, le pluralisme, la culture démocratique n’existaient pas car ils auraient mis la colonisation en péril. Le pouvoir s’est vite concentré entre les mains de quelques uns qui partout se sont appuyés sur des castes politico-bureaucratiques, trustant toutes les richesses et monnayant tout par la corruption. Même dans des pays aussi potentiellement riches que le Gabon pétrolier, cela a crée deux mondes, non pas même les riches et les pauvres mais ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien et les problèmes politiques, sont à la fois sociaux et ethniques, doublement explosifs. Troisième problème, les anciens colonisateurs ont gardé d'importants intérêts, économiques et stratégiques, dans leurs anciennes possessions. Ils ont donc toujours préféré la stabilité à l’aventure, soutenu et, quand il le fallait, protégé les pouvoirs en place dont ils sont devenus, de fait, les complices. La France peut protester tant qu’elle veut de sa non-ingérence dans la présidentielle gabonaise. Vrai ou faux, elle est une pièce du système Bongo.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.