Plusieurs enquêtes confirment ce qui s’entend beaucoup. En France au moins, la forte opposition de l’opinion à la volonté de ne pas laisser impuni l’emploi d’armes chimiques par le pouvoir syrien tient, d’abord, à la crainte que cela ne suscite des attentats et ne renforce les islamistes et à un refus, ensuite, d’aller dépenser de l’argent pour une affaire qui ne nous concernerait pas alors même que nous devons déjà limiter nos dépenses publiques pour réduire l’endettement de la nation et son déficit budgétaire.

Ces raisons sont fortes. Elles ne sont certainement pas à ignorer mais l’une et l’autre sont profondément infondées. Pour ce qui est de la première, il est vrai que le régime de Bachar al-Assad pourrait riposter à des frappes en visant les intérêts, les ambassades ou, même, le territoire français. Le dictateur syrien en agitait la menace, hier, dans les colonnes du Figaro. Il aurait les moyens de le faire et aucun scrupule ne l’en empêcherait puisque son père avait déjà assassiné, par le passé, un ambassadeur de France. On ne peut autrement dit pas écarter cette hypothèse mais elle est loin d’être la plus probable car il n’y a rien que cette dictature comprenne mieux qu’un rapport de forces et, qu’une fois atteint au cœur de ses moyens militaires, il devra vite se convaincre, au contraire, qu’il n’a plus qu’à envisager un compromis politique – ce qui est l’objectif même des frappes souhaitées à Paris et Washington.

Face à un pouvoir qui se croit tout permis, même de gazer sa propre population au seul motif qu’elle le rejette, il ne faut pas s’incliner mais le rappeler au droit international et aux réalités car c’est là le seul moyen de l’amener à la table des négociations. Quant à la crainte d’un renforcement des islamistes, elle relève d’une erreur profonde, d’une méconnaissance de la situation syrienne car, si les djihadistes, les plus fanatiques des islamistes, ont pu prendre un poids en Syrie – ce qui est vrai – c’est avant tout à cause de la passivité des grandes démocraties qui leur a permis de dire que les Occidentaux n’étaient qu’hypocrisie et fausses promesses, que la liberté arabe ne pouvait pas compter sur eux et que la seule arme était la vraie foi.

On ne le répétera jamais assez, ce n’est pas l’engagement mais l’abstention des Occidentaux qui renforce les djihadistes et le seul moyen de les renvoyer à leur marginalité au lieu de les en sortir est d’enfin mettre en accord les actes et les principes des démocraties.

Quant à l’idée que cette affaire ne nous concernerait pas et que nous n’aurions pas à y investir un missile, rien n’est plus illusoire. Si Bachar al-Assad pouvait sortir militairement et diplomatiquement indemne de ce massacre chimique, plus aucun dictateur n’aurait rien à craindre des démocraties, plus aucune convention internationale ne contiendrait quoi que ce soit et les démocraties ne pèseraient plus que le poids de leur pusillanimité, autant dire rien sur une scène internationale structurée par les rapports de force. Il ne s’agit pas d’employer les grands mots, « Munich » et autres, mais de voir une réalité, déplaisante, inquiétante, mais qui interdit de se mettre la tête dans le sable, pour ne pas voir.

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