L’Otan, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, est fondée sur une disposition essentielle. C’est l’Article 5 de ce traité qui stipule que les parties signataires « conviennent qu’une attaque contre l’une ou plusieurs d’entre elles sera considérée comme dirigée contre toutes les parties ». Aux temps de la Guerre froide, cela signifiait que, si l’URSS attaquait des pays européens, les Etats-Unis se porteraient automatiquement à leur secours. C’était ce qu’on appelait « le parapluie américain » et c’est pour se placer sous ce parapluie que les pays sortis du bloc soviétique avaient tellement tenu à intégrer l’Otan sitôt après la chute du mur de Berlin et que les pays sortis de l’URSS elle-même voudraient maintenant la rejoindre.L’Ukraine, dont ce n’était pas le voeu jusqu’à ces derniers jours le demande aujourd’hui. La Géorgie vient à nouveau d’en formuler la demande et, face à ces candidatures, les Etats-Unis et la France n’ont pas la même réaction. D’Estonie où il s’était rendu hier pour rassurer les Pays baltes avant d’aller participer, ce jeudi, au sommet de l’Otan qui se tiendra jusqu’à demain au Pays de Galles, Barack Obama a déclaré que l’Alliance atlantique « ne devait pas exclure de nouvelles adhésions », autrement dit ne pas refuser son élargissement à l’Ukraine et la Géorgie. Côté français, on estime au contraire que l’Otan doit être « une force d’apaisement » et que « la question de l’adhésion de l’Ukraine ne se pose pas et ne se posera pas ».Ces points de vue ne pourraient pas être plus opposés mais pourquoi le sont-ils et le sont-ils vraiment ? La réponse est que, pour essentielle qu’elle soit, la divergence entre Paris et Washington n’est qu’une différence de posture. Parce qu’il est le président de la première puissance mondiale et le chef, à ce titre, du camp occidental, parce qu’il est, aussi, soumis aux pressions du Congrès qui lui reproche un manque de fermeté vis-à-vis de la Russie, Barack Obama a choisi de répondre aux surenchères ukrainiennes de Vladimir Poutine en lui disant que c’est aux Etats-Unis qu’il s’attaquera s’il continue de s’attaquer à l’Ukraine. C’est une mise en garde, parfaitement justifiable puisqu’on ne voit plus d’autre moyen de freiner l’agressivité du Kremlin mais le problème – car problème il y a – est que Barack Obama donne ainsi à croire que l’objectif américain serait, comme le craint Vladimir Poutine, d’étendre l’Otan jusqu’aux frontières de la Russie. En donnant à le croire, on ne fera que raidir un peu plus le Kremlin et le pousser à multiplier les faits accomplis. Ce n’est pas forcément habile et c’est pour cela que la France et beaucoup d’Européens préfèrent préserver une possibilité de dialogue avec les Russes en excluant un élargissement de l’Otan. Cela se défend aussi mais plutôt que d’afficher de faux désaccords, les Occidentaux feraient mieux de se mettre d’accord sur un compromis commun à proposer à la Russie avant que le feu n’ait pris en Europe.

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