Les députés, y compris conservateurs, ont pris leur revanche sur leur premier ministre qui voulait les écarter du processus du Brexit : ils lui ont infligé une défaite humiliante. Boris Johnson veut de nouvelles élections.

Boris Johnson lors du débat parlementaire, mardi 3 septembre, à Westminster, s'en prenant vivement au leader de l'opposition, Jeremy Corbyn, assis sur le banc d'en face
Boris Johnson lors du débat parlementaire, mardi 3 septembre, à Westminster, s'en prenant vivement au leader de l'opposition, Jeremy Corbyn, assis sur le banc d'en face © AFP / AFP / PRU

Les Britanniques, depuis qu’ils ont voté le Brexit en 2016, nous ont habitué à des rebondissements multiples, à des effets de manche au Parlement, et ils en sont à leur troisième premier ministre. Mais ce n’est rien à côté de ce qui se passe cette semaine à Westminster, le cœur battant de la démocratie britannique.

Hier, en plein discours du premier ministre Boris Johnson, Philip Lee, un ancien ministre de la Justice, est allé s’asseoir du côté de l’opposition libérale-démocrate. Au même moment, il annonçait par communiqué sa démission du Parti conservateur, l’accusant d’être, je cite, « infecté par le populisme et le nationalisme anglais ». Au passage, il faisait perdre sa majorité à Boris Johnson, qui ne tenait qu’à une seule voix.

Mais ce n’est pas tout, puisque dans la foulée, une motion trans-partis, soutenue par un groupe de conservateurs rebelles, a mis en échec le premier ministre qui avait pourtant menacé les « traîtres », parmi lesquels le petit-fils de Churchill, d’exclusion. La motion autorise le Parlement à voter, aujourd’hui, pour bloquer la sortie sans accord du Royaume Uni de l’Union européenne, le fameux « no-deal » dont Boris Johnson était prêt à prendre le risque le 31 octobre. Une humiliation pour un premier ministre qui avait tenté d’écarter le Parlement de sa route, provoquant un tollé dans ce pays très parlementariste.

Assuré d’être de nouveau défait aujourd’hui, Boris Johnson a annoncé qu’il convoquerait des élections anticipées pour le 14 octobre. Mais encore faut-il que le Parlement l’y autorise, on le voit, ce n’est pas simple… Mais il peut espérer remporter une majorité, c’est ce que lui prédisent les sondages, en jouant le peuple contre l’establishment, stratégie populiste classique.

Pourquoi le 14 octobre ? 

Parce que trois jours plus tard il y a un Sommet européen auquel Boris Johnson veut se rendre avec un mandat pour obtenir de nouvelles concessions des 27.

Tout cela est complexe, chaotique, mais c’est surtout le reflet de l’extrême polarisation du Royaume depuis ce vote fatidique de 2016 en faveur du Brexit, qu’il a tant de mal à mettre en oeuvre. Les clivages habituels ont volé en éclat, ils traversent les partis et rendent les majorités plus complexes.

Boris Johnson a l’avantage d’avoir un discours radical mais clair, "je veux sortir de de l’Europe le 31 octobre, quoi qu’il en coûte" ; là où ses rivaux, et en particulier le travailliste Jeremy Corbyn, sont plus ambigüs.

Les 27 partenaires du Royaume Uni assistent stupéfaits à cette nouvelle crise de nerfs politique.

Hier Boris Johnson s’est abrité derrière les 27 en affirmant que bloquer le « no-deal » l’affaiblirait dans ses négociations avec Bruxelles. La vérité est qu’il bluffe, il n’y a pas de nouvelle proposition sur la table. Un proche des discussions me confiait il y a quelques jours que les Européens ne feraient pas à Boris Johnson le cadeau qu’ils avaient refusé à Theresa May.

Mais tout ceci n’a pas beaucoup d’importance dans la bulle de Westminster. Pour l’heure, c’est au tour de l’apprenti-sorcier Boris Johnson d’être victime de ses propres manœuvres, rendant le Brexit, avec ou sans accord, plus complexe encore.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.