Aujourd'hui, Anthony Bellanger nous emmène en Grèce à la rencontre du « Dalia Noir »

Dit comme ça, on dirait que je vais vous raconter un roman policier, le « Dalia Noir » ce serait un titre magnifique, non ? Eh bien le Dalia Noir en question, I MAVRI DALIA, c'est le surnom que la presse grecque donne depuis quelques jours à Dalia Velculescu.

Et Dalia Velculescu n'est autre que le nouveau visage du FMI à Athènes : l'envoyée spéciale du Fond monétaire international chargé d'administrer la potion très très amère des réformes que le gouvernement grec doit avoir négocié avant le 20 août.

Autant dire que ce surnom de « Dalia Noir » n'a rien d'un compliment. D'autant qu'il est parfois associé à un autre surnom, encore plus désagréable : celui de Draculescu. L'apocope de Dracula et de Velculescu. Tout ça parce que la dame est Roumaine.

Pour bien comprendre la dureté de la presse grecque envers elle, il faut savoir qu'elle a été nommée le 21 juillet mais qu'elle n'est arrivée à Athènes que vendredi dernier et depuis les unes se succèdent où ne manquent ni le sexisme, ni les insultes.

Avez-vous des exemples de cette campagne de presse ?

Quelques-uns, oui : ETHNOS, par exemple, quotidien proche des socialistes du PASOK, titrait, c'était hier : Escarpin et talons aiguilles et en sous titre « elle va taillader [à coup de talons donc] dans les préretraites et les salaires ».

Ou encore le quotidien proche de Syriza, Agvi, qui sous une photo pleine page d'elle écrit : « voilà le cœur le plus dur des négociations ». Le tout au féminin pour bien insister sur l'aspect « dame de fer ».

Mais il y a pire. DOMOKRATIA, par exemple, qui est plutôt un quotidien centriste écrivait hier : « après avoir sucé le sang des Chypriotes, la Draculescu du FMI est venu s'abreuver du sang des Grecs ». Je vous le disais : sexisme et un fond de xénophobie à la une.

Pourquoi ces journaux parlent-ils de Chypre ?

Tout simplement parce qu'avant d'être en charge du dossier grec, le « Dalia Noir » était intervenu a peu près dans les mêmes conditions à Chypre. Prêt de 17 milliards d'euros, contrôle des changes, et austérité : à Chypre la potion du FMI avait été très amère.

Elle arrive donc à Athènes précédée par une réputation de dureté transmise par les cousins chypriotes. Avec quelques anecdotes, comme celle de ce ministre du Travail qui excédé, aurait hurlé que « les Roumaines, à Chypre, on les trouvait dans les bordels ».

Et comment cette histoire s'est-elle terminée ?

Elle aurait calmement refermé son épais dossier et sans un mot, se serait levé et aurait quitté la salle de réunion avec l'ensemble de la délégation du FMI. Cette dimension raciste n'est pas non plus absente des journaux grecs :

Pour le quotidien TO ETHNOS, par exemple, Mme Velculescu veut « manger les Grecs à la sauce roumaine », c'est-à-dire les appauvrir. Pour beaucoup de Grecs, les Roumains, il y a quelques années encore, travaillaient comme domestiques en été dans les hôtels.

En fait, à gauche elle est l'agent du FMI, donc des Américains, une dame de fer sans cœur et en talons aiguilles. A droite, ce n'est guère mieux : elle est OU la fille de Caucescu, le dictateur roumain qui a ruiné le pays, OU la parvenue donneuse de leçons.

En résumé, bienvenue en Grèce, les négociations peuvent commencer !

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