Ce matin, Jeux olympiques obligent, vous nous proposez une « géopolitique du sport »...

Rio de Janeiro, Brésil, 3 août.
Rio de Janeiro, Brésil, 3 août. © Maxppp / PHOTOPQR/NICE MATIN

Qu'y-a-t-il de plus géopolitique que la réunion en un seul lieu et sur une courte période de plus de 11 000 athlètes envoyés par 206 comités olympiques nationaux. Si l'on voulait être insolent, on pourrait dire que les JO font mieux que l'ONU.

Après tout, les Nations unies ne comptent que 193 membres ! Je n'ai rien inventé en parlant de « géopolitique du sport ». A tout seigneur, tout honneur, cette chronique est largement inspirée par les travaux de Pascal Boniface.

Que dit Pascal Boniface ? Il reprend l'aphorisme de George Orwell, à savoir que « le sport, c'est la guerre moins les fusils », mais plutôt que de lui donner une coloration négative, Pascal Boniface a un argument qui fait mouche :

Le sport en général et les Jeux olympiques en particulier sont cette occasion rare où le monde entier admire et s'identifie avec des jeunes hommes et femmes qui n'ont ni la même couleur de peau, ni la même religion, ni la même nationalité.

Reste que si le sport, c'est la guerre... Il faut un ennemi !

Et cette année, le méchant, le vilain, c'est la Russie. Mais en refusant de disqualifier entièrement la Russie, le Comité international olympique a voulu lui éviter l'humiliation.

L’humiliation d'être le 3ème pays de l'histoire des JO, après l'Afrique du Sud de l'Apartheid et l'Afghanistan en 2000, à être privé de compétitions. C'est une sage décision, très géopolitique d’ailleurs.

Il y a des perdants et des gagnants dans cette géopolitique du sport ?

Bien sûr ! Le grand perdant de cette guéguerre pacifique est l'Inde. Malgré son milliard 400 millions d'habitants, elle n'a obtenu qu'une seule médaille d'or aux JO. C'était en 2008, au tir masculin à 10m.

De la même façon, si l'on compte en nombre de médailles par habitants, les Etats-Unis, qui semblent dominer le sport mondial, ne cessent de perdre du terrain jeux. En 2012, à Londres, ils se sont retrouvés avec une minable 48e place.

Loin derrière la France, par exemple. En fait l'explication vaut pour les Etats-Unis comme pour l'Inde : pour réussir aux JO, il faut des moyens, bien sûr, mais surtout une forte implication étatique par le biais de l'éducation nationale.

En plus, il faut une stratégie sur le long terme. Or l'Inde mais surtout les Etats-Unis n'ont pas de stratégie sportive unifiée. Aux Etats-Unis, l'affaire est aggravée par la privatisation des universités qui a émietté les moyens et les dispersé les athlètes.

A l'inverse, des petits pays pauvres peuvent tirer leur épingle du jeu en se concentrant sur une discipline. C'est le cas de la Jamaïque avec l'athlétisme ; ou de l'Ethiopie et du Kenya avec leurs coureurs de fond.

Bref, dans cette géopolitique du sport, ce sont les pays qui investissent le plus dans l'éducation des jeunes qui s'en sortent le mieux, et pas ceux qui ont les plus gros canons et l'armée la plus nombreuse. Alors vive les JO !

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