Les jeux devraient pourtant être joués. Avec un bilan économique unanimement jugé catastrophique, une croissance en berne, la plus basse productivité du monde industrialisé, une dette publique trois fois plus forte que celle de la Grande-Bretagne et presque deux fois plus que la française, l’homme qui avait promis de gouverner l’Italie comme ses entreprises en PDG à succès devraient perdre à coup sûr les élections de dimanche et lundi prochains. Or ce n’est pas certain. Avant le 25 mars, date depuis laquelle ils sont interdits de publication, les sondages donnaient trois à cinq points d’avance à la gauche mais, outre que cette avance est faible, un Italien sur quatre serait indécis ou tenté par l’abstention. A ce jour, Silvio Berlusconi, première fortune d’Italie, peut encore espérer une réélection alors même que syndicats et patronat ne veulent plus de lui, que la magistrature lui a déclaré la guerre, que toute la gauche, des communistes au centre-gauche, s’est unie pour en débarrasser l’Italie et que les bibles des places financières, le Financial Times et The Economist, le dénoncent à longueur de colonnes comme un clown malfaisant. Blessé, acculé, brocardé, Silvio Berlusconi n’a pas déjà perdu car il lui reste deux atouts de taille. Il contrôle, comme propriétaire, les télévisions privées et pèse, comme chef du gouvernement, sur les télévisions publiques. Cela lui a assuré une présence et des cadrages dont n’a certes pas bénéficié Romano Prodi, le candidat des gauches. Cela ne fait pas une élection mais cela compte et d’autant plus que le très catholique Prodi, professeur d’économie si plein de rigueur que le plus célèbre caricaturiste italien ne le représente qu’en soutane, n’a rien d’un séducteur. Il est pour tout dire aussi gai qu’un plan d’austérité c’est-à-dire que sa promesse électorale puisque l’ancien Président de la Commission européenne, l’homme qui a fait l’euro, ne donne pas dans la démagogie. Il veut, dit-il, « redonner du sérieux au gouvernement », ce qui signifie, en clair, remettre de l’ordre dans les finances publiques, le faire, évidemment, dans la justice et « l’harmonie », son mot préféré, mais se donner les moyens de le faire ce qui ne se fera pas sans douleurs. Si l’Italie vote pour lui, elle méritera un prix de vertu mais, face à un tel programme, Silvio Berlusconi ne se prive pas de brandir l’épouvantail des augmentations d’impôt, des partageux, du communisme, et lundi soir, à la fin du débat télévisé qui l’opposait à Romano Prodi, il a abattu une carte qui inquiète la gauche. Alors que son adversaire avait épuisé son temps de parole et ne pouvait plus lui répondre, il a soudain promis de supprimer la taxe d’habitation. Dans un pays dont trois quarts des habitants sont propriétaires de leur logement, cela pourrait décider assez d’indécis pour peser sur le résultat et, dès le lendemain matin, Silvio Berlusconi enfonçait le clou en lançant : « J’estime trop l’intelligence des Italiens pour penser qu’ils puissent être assez couillons [c’était son mot] pour voter contre leurs intérêts ». Autant dire qu’il ne les estime pas assez intelligents pour voir plus loin que le bout de leur nez ce qui n’est, heureusement, pas prouvé.

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