C’est à Mahmoud Ahmadinejad qu’il est revenu d’annoncer, hier, la libération « gracieuse » des marins britanniques. A l’aise, souriant, apparemment triomphant, le Président iranien a présenté cette décision comme un « cadeau » qu’il aurait fait au peuple britannique bien que Londres n’ait pas eu le « courage » d’admettre que ces quinze marins auraient pénétré, le 23 mars dernier, dans les eaux territoriales de l’Iran. Mahmoud Ahmadinejad disait vrai sur un point. Il s’agit bel et bien là d’un « cadeau » puisque la Grande-Bretagne n’a rien offert en échange de cette libération, ni excuses ni reconnaissance d’une violation des eaux territoriales iraniennes. Sans aucune contrepartie britannique, même symbolique, le Président iranien vient, en fait, de battre en retraite sous la pression des autres courants du régime qui voyaient cette aventure d’un très mauvais œil et lui ont seulement permis de sauver la face en présentant cette décision comme la sienne. Pour Mahmoud Ahmadinejad, les apparences sont sauves mais la réalité est tout autre. Ce sont ses partisans, les Gardiens de la Révolution, qui avaient arrêté l’équipage britannique. Qu’il l’ait ou non directement ordonnée, cette opération servait sa politique qui est de tendre au maximum les relations avec les grandes puissances, Etats-Unis et Grande-Bretagne en tête, car il ne croit pas à l’éventualité d’une attaque américaine, ne veut rien céder sur le dossier nucléaire et considère que cette stratégie de la tension obligera l’ensemble du régime à faire front derrière lui. Avec cette crise, le Président iranien avait tenté de reprendre la main car depuis sa défaite aux élections locales et religieuses de décembre dernier, il ne se passe plus de jours sans qu’il ne soit attaqué par des députés, la presse ou de grandes figures du régime. Devenu, de surcroît, très impopulaire en raison d’une envolée des prix à la consommation qui touche avant tout les milieux populaires, ceux qui avaient fait sa victoire, Mahmoud Ahmadinejad est très isolé sur l’échiquier politique iranien et, après une semaine de flottement, les conservateurs modérés et les réformateurs, avaient décidé de mettre fin à cette aventure. Au lendemain de manifestations devant l’ambassade de Grande-Bretagne à Téhéran, l’un des plus personnages du régime, Ali Laridjani, le secrétaire du conseil national de sécurité, l’homme en charge des négociations sur le nucléaire, accordait, lundi, une interview à une chaîne britannique pour faire baisser la tension. Mardi, Mahmoud Ahmadinejad repoussait une conférence de presse et, hier, recadré par les plus hautes autorités du régime, il annonçait, sur ordre, la libération des marins. Il sort battu de cette affaire dont le dénouement signifie que le camp des réalistes iraniens, celui qui veut éviter l’épreuve de force, est aujourd’hui le plus fort à Téhéran.

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