Il tente de rompre le cercle vicieux dans lequel est enfermé le monde arabe. Pas à pas, l’ancien président, égyptien, de l’Agence internationale pour l’énergie atomique, Mohammed El Baradei, tente d’imposer sa candidature à l’élection présidentielle qui aura lieu, l’an prochain, dans son pays et, s’il y parvenait ce serait une première au Proche-Orient. A l’exception du Liban et de l’Irak, maintenant peut-être, les régimes arabes de la région sont des dictatures, monarchiques ou républicaines, sans possibilité d’alternance car leurs seules réelles oppositions sont islamistes. Ce n’est pas qu’il n’y ait pas de laïcs dans le monde arabe. C’est encore moins que tous les Arabes soient des musulmans fanatiques mais, durant la Guerre froide, tous les courants de l’opposition modérée, tous les partisans d’une démocratie pluraliste, ont été éliminés au Proche-Orient, au nom de la résistance à l’impérialisme américain ou de la lutte contre le communisme. Etats-Unis et Union soviétique en tête, les grandes puissances avaient laissé faire, voire prêté la main à cette éradication des oppositions arabes et, dans le vide qui s’est ainsi créé, seuls les islamistes ont survécu, se développant à partir des mosquées et trustant la colère populaire, celle de la jeunesse notamment, contre l’impéritie, la corruption et la brutalité de pouvoirs inamovibles. Vinrent alors al Qaeda, le 11 septembre, les attentats aux quatre coins du monde et, après la Guerre froide, les régimes arabes trouvèrent, là, leur seconde assurance vie. « C’est nous ou les djihadistes », ont-ils pu dire non seulement aux puissances occidentales mais également à ces pans entiers de leurs populations qui préfèrent encore des dictatures corrompues à la folie des barbus et c’est ainsi que ces pays, l’Egypte comme l’Arabie saoudite, la Jordanie comme la Syrie, se sont enfermés dans un statu quo pervers qui ne profite qu’aux islamistes et à ces régimes. En Egypte comme ailleurs, ce qui manquait au déblocage de cette situation, c’était un démocrate qui puisse faire, par son autorité morale, l’unanimité des courants oppositionnels en incarnant un espoir de changement. Prix Nobel de la paix, juriste de stature internationale et diplomate chevronné, l’ancien président de l’AIEA n’a pas seulement l’étoffe d’un chef d’Etat. Il a également pour lui d’avoir souvent tenu tête aux Etats-Unis, dans les mois, surtout, qui avaient précédé la guerre d’Irak. Il en bénéficie d’un préjugé favorable dans son pays et il est bien trop connu, enfin, pour que le pouvoir égyptien puisse simplement le jeter en prison. Il est pratiquement intouchable. Il s’est déjà assuré le soutien tacite de tous les courants de l’opposition, y compris des Frères musulmans, et se fait, chaque jour, plus présent sur la scène égyptienne, à coup de pétitions, d’interviews et, désormais, de meetings. Cet homme plaît à l’Egypte. Il lui plaît tellement que le pouvoir a commencé d’arrêter ses proches. On veut faire le vide autour de lui mais cela ne suffira pas à le faire taire. Quelque chose se tente au Caire qui concerne toute la région.

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