Ce pourrait être la France mais c’est, aussi, les Etats-Unis. Avec une droite affaiblie par la montée de l’extrême-droite et une gauche à même de séduire le centre, les présidentielles américaine et française de 2012 auront beaucoup de points communs. En France, on sait. Dominique Strauss-Kahn, François Hollande ou Martine Aubry, le candidat de la gauche bénéficiera non seulement d’une volonté d’inscrire les propositions socialistes dans la réalité des contraintes budgétaires mais aussi d’une radicalisation des droites qui joueront l’une et l’autre en sa faveur en lui apportant des voix du centre et de la droite modérée. C'est ce qui se profile en France et de l’autre côté de l’Atlantique, Barack Obama, candidat déclaré depuis hier à un second mandat, se trouvera dans une situation très semblable. Face à lui, les Républicains seront à la peine car l’affirmation, dans leurs rangs, d’un courant hostile à tout rôle économique de l’Etat, à l’évolution des mœurs et à la prise en compte, sur la scène internationale, de l’apparition de nouveaux géants relativisant la puissance américaine fera du président sortant l’homme de ce « sens commun » et de ce pragmatisme si chers aux Américains. Lorsqu’il commencera vraiment sa campagne, en janvier prochain, Barack Obama pourra se targuer, à la fois, d’avoir maîtrisé la crise de Wall Street en n’hésitant pas à injecter massivement des fonds publics dans le sauvetage des banques et de l’industrie américaines et d’avoir doté les Américains les plus pauvres de la couverture médicale qui leur faisait défaut. Il pourra également dire que, s’il a échoué à obtenir un règlement du conflit israélo-palestinien, il a su apaiser les relations des Etats-Unis avec la Russie, permettre ainsi la restauration d’un concert des grandes puissances sur le dossier iranien, et améliorer surtout l’image de son pays en terres d’islam où, en partie grâce à lui, les islamistes séduisent beaucoup moins et la démocratie beaucoup plus. Aux Etats-Unis, Barack Obama est ce qu’il y a de plus proche de la social-démocratie européenne, de cette gauche de compromis mariant économie de marché et volonté de justice sociale, qui a de nouveau le vent en poupe non seulement en France mais également en Allemagne où l'on votera en septembre 2013 et où les droites s’essoufflent aussi. Un an, c’est un siècle en politique. La donne peut être totalement bouleversée d’ici les présidentielles américaine et française et les législatives allemandes mais, à l’heure qu’il est, il n’est pas impossible que la France puis l’Amérique et l’Allemagne – les Etats-Unis et les deux principales puissances européennes – s’inscrivent, coup sur coup, au centre gauche. Ce serait une situation d’autant plus inédite que, parallèlement, Dmitri Medvedev, le président russe sortant dont le mandat s’achève en mars prochain, croise le fer depuis trois semaines avec Vladimir Poutine. Cet homme que l’on décrivait si faussement comme la marionnette de son prédécesseur veut tenter de se succéder à lui-même en se faisant le candidat des nouvelles classes moyennes qui aspirent à la construction d’un Etat de droit. La partie est loin d’être gagnée pour Dmitri Medvedev mais 2012 pourrait être l’année de la modération.

L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.