Dans le conflit israélo-palestinien, la tradition était que les Etats-Unis présentent un plan de paix aux deux parties qu’ils les pressaient, ensuite, d’accepter. Des pourparlers s’ouvraient mais, à chaque fois, ce fut l’échec sur la ligne d’arrivée et Barack Obama a donc opté pour une tout autre approche.

Avec son secrétaire d’Etat, John Kerry, il a décidé de faire l’exact opposé de ce qui s’était fait jusqu’à présent en demandant au Premier ministre israélien et au président de l’Autorité palestinienne ce qu’étaient leurs idées et propositions pour enfin parvenir à la coexistence pacifique de deux Etats. Le département d’Etat ne cesse de le répéter. Il n’y a pas de plan de paix américain. John Kerry ne s’apprête pas à en dévoiler un et n’en a pas en poche mais alors pourquoi va-t-il rencontrer, à compter de dimanche, pour la troisième fois en un mois, Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas après une escale en Turquie ?

La réponse est que la Maison-Blanche a décidé de considérer que ces deux hommes disaient vrai lorsqu’ils disent vouloir la paix, de les prendre aux mots et de les amener ainsi à faire les gestes de conciliation réciproque qui permettraient une reprise des pourparlers, de leurs pourparlers, sous trois mois. Il a ainsi déjà obtenu des Israéliens qu’ils reprennent le versement à l’Autorité palestinienne des droits de douane qu’ils perçoivent en son nom et qu’ils avaient gelés depuis que les Palestiniens avaient obtenu la reconnaissance de la Palestine par l’Assemblée générale de l’Onu en novembre dernier.

La restitution de cet argent est un ballon d’oxygène pour les Palestiniens et Mahmoud Abbas s’est engagé, en contrepartie, à suspendre toutes ses démarches en vue de l’admission de la Palestine par les grandes agences de l’Onu. C’est donnant-donnant. Chacun avait à y gagner et John Kerry va maintenant s’efforcer d’obtenir des Israéliens qu’ils libèrent des prisonniers palestiniens, ceux d’abord qui sont détenus depuis le plus longtemps, 120 personne en tout, puis douze cents autres peut-être en échange d’un nouveau geste palestinien.

Les Américains appellent cela les « mesures de confiance » et, pour peu que ce processus aboutisse, ils proposeront l’ouverture de négociations directes sous trois mois. A en croire le Haaretz, le quotidien israélien de référence, Mahmoud Abbas aurait déjà accepté le principe d’une rencontre avec Benjamin Netanyahou s’il obtenait les 120 premières libérations de prisonniers qui lui permettraient de dire à son peuple qu’il ne s’engage pas en vain dans cette nouvelle tentative de règlement.

On n’y est bien sûr pas encore. La route est longue et tellement incertaine qu’un nouvel échec n’aurait rien de surprenant mais le fait est que les Américains ont des cartes dans leurs manches. Côté palestinien, Mahmoud Abbas a un besoin vital de montrer que sa modération peut payer et les islamistes du Hamas, ses rivaux, paraissent lentement découvrir les vertus du pragmatisme. Côté israélien, Benjamin Netanyahou doit compter avec la remontée de la gauche et du centre et se rapprocher d’urgence de la Maison-Blanche face à la menace iranienne et aux incertitudes des révolutions arabes. La donne est nouvelle. La partie n’est pas forcément perdue d’avance.

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