Où l'on voit pourquoi le boucher de Damas pourrait bien avoir recouru à l'arme chimique...

Au moins 58 morts" ont été tuées mardi dans une frappe aérienne au "gaz toxique" dans une ville du nord-ouest de la Syrie tenue par les rebelles
Au moins 58 morts" ont été tuées mardi dans une frappe aérienne au "gaz toxique" dans une ville du nord-ouest de la Syrie tenue par les rebelles © Reuters / Sana Sana

Le fait est qu’il n’y a pas de preuve. Attaque aux gaz chimiques il y a eu. Cette attaque aérienne a frappé une zone tenue par des insurgés hostiles au régime de Bachar al-Assad. Aux derniers décomptes disponibles, elle a causé une centaine de morts et quatre ou cinq fois plus de blessés mais, juridiquement parlant, il n’y a pas de preuves permettant de formellement accuser le régime syrien de ce crime de guerre, sauf…

Sauf qu’aucune des composantes de l’insurrection ne dispose d’une aviation et que quand bien même les insurgés s’en seraient-ils procuré une dans la nuit, on voit mal pourquoi ils seraient allés se frapper eux-mêmes. A défaut de preuves, c’est un lourd faisceau de présomptions qui accable l’armée de Bachar al-Assad et cela quels que soient ses démentis et protestations indignées.

Sans doute, dira-t-on, maisl’intérêt du régime n’était pas de susciter contre lui un opprobre international alors même que l’insurrection est pratiquement défaite.

C'et juste.Opprobre il y a, et c’est bien le moins, mais le fait est aussi que ce régime ne s’est jamais beaucoup soucié de son image pour l’excellente raison qu’il n’a jamais eu à en souffrir. Ses tueries, ses bombardements incessants d’hôpitaux, d’écoles et de quartiers d’habitation, son emploi de l’arme chimique, l’existence de ses centres de torture où l’on achève les prisonniers en les laissant mourir de faim et de soif, toute l’insoutenable barbarie, en un mot, de ce régime sont avérés et largement documentés mais la Russie bloque sa condamnation par le Conseil d sécurité et, France mise à part, personne n’a jamais voulu ne serait-ce que l’affaiblir assez pour qu’il se résolve à de vraies négociations.

Entre la Russie et l’Iran qui le soutiennent de leurs interventions armées et les Etats-Unis qui se refusent à intervenir au Proche-Orient quand il le faudrait après l’avoir fait quand il ne l’aurait pas fallu, Bachar al-Assad se sent libre de passer tous les seuils de l’innommable et ce n’est pas gratuitement qu’il vient de récidiver.

La Russie, le pays qui lui a sauvé la mise en écrasant Alep, voudrait maintenant obtenir de lui les quelques concessions qui permettraient à Vladimir Poutine de se retirer en disant avoir favorisé la conclusion d’un règlement politique. Or cela, Bachar al-Assad s’y refuse de crainte que la moindre ouverture ne signe aujourd’hui la fin de son régime. Pour le boucher de Damas, il est donc impératif que l’insurrection soit totalement défaite et non pas largement et un crime de la taille de celui qui a été commis hier peut y contribuer.

Il y a une rationalité dans cette abomination mais Bachar al-Assad joue gros puisque l’administration Trump qui se disait prête, il y a moins d’une semaine, à accepter son maintien au pouvoir a spectaculairement haussé le ton contre lui, que les Turcs pressent maintenant leurs amis russes de réagir et qu’un embarras, voire une irritation, paraissaient hier perceptibles à Moscou. Peut-être, peut-être seulement, était-ce le coup de trop pour Damas. On verra mais il y a comme un flottement qui n’est pas bon signe pour ce régime d’assassins.

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