Turquie, Russie et Hongrie ont pour point commun de ne pas encore avoir admis de ne plus être ce qu’elles avaient été

Voilà trois pays qui ne pourraient pas être plus différents. Chrétienne, la petite Hongrie ne compte pas plus de dix millions d’habitants. Musulmane, la Turquie est, elle, forte d’une population de près de 83 millions de personnes et la Fédération de Russie, très majoritairement chrétienne et pays le plus étendu du monde, compte quelque cent cinquante millions d’habitants. 

On ne leur voit a priori rien de commun mais comment se fait-il alors que ce soient ces trois pays qui bousculent à ce point l’ordre international?

Membre de l’Union européenne et appelée aux urnes dimanche prochain, la Hongrie va très vraisemblablement redonner, pour la troisième fois, une majorité à son Premier ministre, Viktor Orban, l’homme qui a inventé le concept de « démocratie illibérale », d’un régime dont les dirigeants sont élus mais dont la presse est étroitement contrôlée et où les libertés n’en finissent plus de se réduire. La Hongrie est en rupture avec toutes les valeurs de l’Union européenne à laquelle elle appartient mais ne peut en être exclue car, Pologne en tête, plusieurs autres des pays de l’Union issus de l’ancien bloc soviétique sympathisent avec son refus de tout supranationalisme européen. 

La Turquie, maintenant. Membre de l’Otan depuis le début des années 50, elle ne cesse plus de se rapprocher de la Russie à laquelle elle achète des armes et n’est plus loin, dans le nord de la Syrie, d’en découdre militairement avec le Etats-Unis, voire la France, à propos des Kurdes qu’elle combat mais sur lesquels les Occidentaux s’étaient appuyés pour défaire Daesh. Quant à la Russie, on sait et la question se pose donc de savoir ce qui peut faire de ces trois pays des faiseurs de troubles. 

Eh bien tous trois souffrent des douleurs de l’amputation. 

A la fin de la Guerre de 14, la Hongrie a perdu plus des deux tiers de son territoire. A la même époque, la Turquie avait achevé de perdre ce qui avait été l’un des plus grands empires de l’Histoire, l’Empire ottoman, et la Russie a perdu, il n'y a pas trente ans, l’Europe centrale que lui avait adjugée Staline puis l’Empire que les tsars lui avaient agrégé au cours des siècles.

Alors la Hongrie rêve de retrouver sa grandeur en cultivant le nationalisme des populations hongroises de ses territoires perdus et pose un vrai problème à l'Union. Après avoir vainement tenté de retrouver ses frontières impériales par sa projection économique et politique, la Turquie veut empêcher les Kurdes syriens de prendre leur indépendance de peur que cela ne donne des idées à ses propres Kurdes et la Russie voudrait, pour sa part, instaurer un protectorat sur les pays issus de l’Empire des tsars. Ce que ces trois pays ont en commun est de ne pas encore avoir admis de ne plus être ce qu’ils avaient été.     

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