Le Président installe vendredi un groupe de travail sur les archives et le rôle de la France dans la période du génocide des Tutsis au Rwanda, qui a débuté il y a 25 ans ce weekend. Mais la polémique naissante fait redouter une occasion manquée de faire toute la lumière.

Militaires français de l’opération Turquoise entourés de réfugiés Hutus dans un camp de réfugiés à Butare, dans le sud du Rwanda, en juillet 1994.
Militaires français de l’opération Turquoise entourés de réfugiés Hutus dans un camp de réfugiés à Butare, dans le sud du Rwanda, en juillet 1994. © AFP / HOCINE ZAOURAR / ARCHIVES / AFP

Une ombre plane sur les commémorations ce weekend du 25ème anniversaire du génocide des Tutsis au Rwanda ; cette ombre, c’est le rôle de la France avant, pendant et après la tragédie rwandaise qui a fait, rappelons-le, entre 800.000 et un million de morts en un peu plus de trois mois.

Un quart de siècle plus tard, la mémoire autour de ces événements reste incomplète, et fait l’objet de combats feutrés, entre le Rwanda et la France d’une part, et au sein même de l’establishment français.

Emmanuel Macron était lycéen au moment des faits, et il pourrait user de ce privilège de l’âge pour faire, pour le Rwanda, le travail de mémoire qui a été accompli, avec retard mais avec courage, sur le rôle de la France de Vichy dans la déportation des juifs, ou sur l’usage de la torture en Algérie. Il ne s’agit pas d’autoflagellation comme on l’entend parfois, mais de regarder l’histoire en face, avec ses parts d’ombre.

Le Président a fait, depuis le début de son mandat, des gestes de réconciliation en direction du Rwanda ; mais il montre aujourd’hui des signes d’hésitation. Invité par le président rwandais Paul Kagamé à participer aux commémorations de Kigali, un geste significatif quand on sait ce que les deux pays ont traversé, le chef de l’État a renoncé à s’y rendre, officiellement pour des raisons d’emploi du temps. Une occasion ratée. 

Autre initiative, qui devrait être rendue publique aujourd’hui, la création d’une commission d’historiens chargée d’examiner les archives et le rôle de la France pendant cette période. L’initiative est assurément bienvenue, mais là encore, les conditions de sa naissance font polémique, et ne dissipent pas les doutes sur les intentions de l’exécutif.

Deux des principaux historiens qui ont travaillé sur le sujet en ont été écartés, ou du moins n’ont pas été retenus, suscitant une pétition de chercheurs qui a déjà recueilli quelque 300 signatures. Stéphane Audoin-Rouzeau, directeur d’études à l’EHESS, et Hélène Dumas, historienne rattachée au CNRS, seraient jugés pas assez impartiaux ; mais pour leurs défenseurs, ils étaient des garanties d’indépendance de ce groupe de travail.

La question de l’accès aux archives est centrale, ces archives, celles de la Présidence de François Mitterrand et celles de la DGSE, qui sont aujourd’hui verrouillées et qui permettraient -peut-être- de départager les tenants des deux thèses en présence.

Les uns accusent François Mitterrand et le gouvernement de cohabitation de l’époque, d’avoir au minimum commis une grave erreur de jugement, et au pire de complicité ; les autres s’en défendent, et, à l’instar d’Hubert Védrine, alors Secrétaire Général de l’Élysée, estiment ces accusations « violentes et infâmantes ».

L’ouverture des archives s’est jusqu’ici heurtée à un refus net. Un fort lobby militaire fait pression : « Macron doit défendre nos soldats », déclarait au Monde l’an dernier l’amiral Jacques Lanxade, chef d’état-major des armées au moment des événements.

Il y a pourtant suffisamment de zones d’ombre dans ce dossier pour faire la lumière, toute la lumière, pour sortir enfin de l’ère du soupçon et du doute.

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