Le prince Hamzah, demi-frère du roi de Jordanie, a été placé en résidence surveillée et le gouvernement dénonce un complot en lien avec une puissance étrangère. Inquiétude et spéculations vont bon train dans une région hautement sensible.

La famille royale de Jordanie en des temps plus heureux, en 2012 au mariage du prince Hamzah (en uniforme), ici à côté de son demi-frère, le roi Abdallah. A droite, la Reine Noor, veuve de leur père, le roi Hussein, et mère du prince Hamzah.
La famille royale de Jordanie en des temps plus heureux, en 2012 au mariage du prince Hamzah (en uniforme), ici à côté de son demi-frère, le roi Abdallah. A droite, la Reine Noor, veuve de leur père, le roi Hussein, et mère du prince Hamzah. © AFP / YOUSEF ALLAN / PETRA / AFP

C’est une affaire royale qui se déroule dans l’une des zones les plus sensibles de la planète. Le Royaume de Jordanie a des frontières avec Israël et les territoires palestiniens, avec la Syrie, l’Irak, ou encore l’Arabie saoudite. Pour cette raison, tout ce qui se passe en Jordanie touche à la stabilité d’une région jamais en paix.

La Jordanie et ses voisins.
La Jordanie et ses voisins. © AFP / Tupac POINTU / AFP

Ce weekend, le prince Hamzah, demi-frère du roi Abdallah et ancien Prince héritier, a été placé en résidence surveillée, et une quinzaine de personnalités arrêtées. Le ministre jordanien des Affaires étrangères a évoqué un complot pour « déstabiliser le royaume », en liaison avec une puissance étrangère : un avion aurait été proposé pour faire sortir du royaume des proches du prince.

Le prince Hamzah a lui-même communiqué sur son sort dans une vidéo envoyée à la BBC juste avant que ses communications ne lui soient coupées. Il dit avoir reçu la visite du chef de l’armée qui lui a reproché d’avoir participé à des réunions avec des tribus bédouines où le roi aurait été critiqué. 

Dans la vidéo, en arabe et en anglais, cet ancien officier formé à l’académie britannique de Sandhurst, dément tout complot ; mais il se lance dans une diatribe contre la corruption et l’incompétence du pouvoir, la perte de confiance des citoyens dans le régime.

S’agit-il réellement d’un complot ou de simples critiques ? C’est difficile à dire, car il n’y a pas eu de passage à l’acte, de tentative de renversement du roi Abdallah, au pouvoir depuis la mort de son père, le roi Hussein, en 1999. Mais c’est le propre du fonctionnement des familles royales au pouvoir fragile, les dissensions internes sont vécues comme des complots et doivent être étouffées dans l’oeuf.

Ce qui intrigue, c’est la référence du Ministre à une puissance étrangère, car il y a une différence entre une révolution de palais et une déstabilisation régionale. L’une des principales personnalités arrêtées, un ancien haut responsable, Bassem Awadallah, est connu pour sa proximité avec le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohamed Ben Salman, ainsi qu’avec les Émirats arabes unis, les deux puissances arabes du Golfe. 

Mais hier soir, le roi Salman d’Arabie Saoudite a appelé le roi Abdallah pour lui exprimer son soutien et espérer la stabilité de son royaume. C’est d’autant plus significatif que les deux familles, les Saoud et les Hashémites, sont en rivalité historique pour le contrôle des lieux saints de La Mecque et Médine, et que la méfiance a longtemps existé entre les deux royaumes.

Tout le monde dans la région a apporté son soutien au roi Abdallah, y compris Israël avec qui la Jordanie a signé un traité de paix en 1994, dans la foulée des accords israélo-palestiniens d’Oslo. 

Cette paix reste toutefois fraiche, et le roi a des rapports exécrables avec le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Ce dernier lui a récemment interdit de venir prier sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem, dont, pourtant, la Jordanie conserve la responsabilité. C’est un héritage de l’époque où Jérusalem-Est et la Cisjordanie appartenaient à la Jordanie, jusqu’en 1967. 

Mais hier, le ministre israélien de la défense Benny Gantz a souligné que les événements à Amman étaient une affaire intérieure du Royaume, et qu’Israël avait tout intérêt à préserver son alliance avec la Jordanie. Un citoyen privé israélien serait néanmoins lié à cette affaire, selon le site américain Axios.

La seule certitude est que sous l’apparente stabilité, la Jordanie est fragile, entre l’accueil des réfugiés syriens, les conséquences de la pandémie, et une économie sous perfusion. La nervosité du roi en est le principal signe, surtout quand la menace semble venir de sa propre famille. Cette affaire laissera assurément des traces.

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